«We»: «Nous». Jamais le pronom personnel à la première personne du pluriel n'est plus justement utilisé que par Gilbert et George. «Nous», c'est ce couple de trente ans (ils se sont connus à la St Martins School of art de Londres, en 1967) assurant la longévité d'une production artistique pieds et poings liée avec la vie. «Nous» c'est cette entité autosuffisante, cette famille apparemment pas si facile à définir «sculptures vivantes», maris, amants, amis, frangins, tout ensemble? portant costume dès neuf heures du matin (quelles nuits passent-ils?). De Shanghai (où ils ont été les premiers artistes occidentaux à exposer, en 1993) à Paris (c'est leur première grande rétrospective ici, depuis 1981), Gilbert & George colportent leur pluriel de majesté. Et leur numéro de duettistes parfaitement huilé. Ils se disent politiquement conservateurs et affirment, dans le même temps lever les refoulés sociaux telles l'exclusion, l'homosexualité, la pisse, la merde" Autant dire que l'anglomanie en prend un coup dans l'aile. D'ailleurs Gilbert est italien.
Une question très matérielle pour commencer. Comment fabriquez-vous vos images?
Gilbert. D'abord ce n'est jamais très clair, ni très conscient. Nous prenons des photos, nous rassemblons des négatifs: des gens, des ciels, des fleurs, peu importe. Nous ne planifions rien consciemment et attendons des images, qu'elles nous transforment aussi. Par exemple: nous nous intéressons à une goutte d'eau, puis au fait qu'on est fait d'eau et de p




