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Critique

Baldessari pur leurre

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Exposition à Nîmes de l'artiste conceptuel californien.

ParHervé GAUVILLE
(envoyé spécial à Nîmes)
Publié le 29/11/2005 à 4h43

Etant donné un canard ou une oie, bref, une volaille. Le ou la placer à la verticale, bec vers le bas. Couper la tête. Peindre le volatile en bleu et blanc pour la queue et les plumes, en orange pour les pattes, le fond du tableau en bleu pâle un peu sale, façon palissade délavée. L'appeler Bird # 1, le dater 1962. Et voilà l'oeuvre la plus ancienne de l'exposition «From Life», consacrée au peintre aussi conceptuel que californien John Baldessari. Etre conceptuel, cela signifiait-il être incompréhensible ? Et aujourd'hui ? Voici une photo de 2005 sur laquelle s'observent un homme, repeint en noir, et deux hippopotames, l'un rouge et l'autre bleu. Un grand quadrilatère jaune occupe la partie centrale de cette image zoologique. Que penser de ces jeux de cache-cache entre le montré et le caché, le visible et l'invisible ? D'abord que l'évidence est trompeuse, truisme reconduit depuis la vision perspective de la Renaissance jusqu'au fameux Ceci n'est pas une pipe et autres astuces saussuriennes.

Immersion. Baldessari reprend à son compte le discours sur le leurre en l'appliquant à la peinture elle-même. On sait qu'un canard dont la tête est coupée peut encore courir, quoique pas très longtemps. Peindre l'animal avec la tête hors champ n'enlève donc rien à la vitalité du tableau. Rien ne sert de laisser courir, encore faut-il savoir cadrer à point. Idem pour les hippopotames. Masquer la scène photographique d'un écran de peinture jaune ne sert à rien puisqu'on en

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