Fournier Street dans l'East End de Londres, au coeur du quartier bangladais : après un vernissage qui a drainé 2 500 invités dont Tracey Emin, Ron Wood, Zaha Hadid ou le dandy Brian Ferry, avec collation donnée par la galerie White Cube en leur honneur dans l'église au bout de la rue, les Gilbert & George reçoivent chez eux. Une demeure XVIIIe à l'ambiance boisée, peuplée de céramiques victoriennes. Tenant salon dans l'atelier, ils proposent un café (soluble), n'ont pas de cuisine et dînent dans les cantines locales, achetant le champagne chez l'épicier. «Du Ruinart !» précisent-ils.
«Ruin art», détruire l'art. Costume cravate, affables, ils appliquent la règle numéro 1 de la Loi des sculpteurs qu'ils se sont fixée il y a quarante ans : «Mise élégante et soignée, être détendu, amical, poli et maître de soi». Ils disent «nous» mais les G & G ne faisant qu'un, c'est un «nous» de majesté.
Vous êtes les premiers artistes britanniques à exposer à la Tate Modern, dévolue aux artistes contemporains d'origine étrangère.
George : Nous appelons ça de l'apartheid.
Gilbert : Nous n'aurions pas accepté d'exposer ailleurs qu'à la Tate Modern ; c'est là que se trouve l'art contemporain, pourquoi exposerions-nous avec Holbein? Nous avons été formés en tant qu'artistes contemporains, dans la section sculpture de la St Martin's School of Arts, où l'on nous enseignait Henry Moore ou Picasso, pas Michel-Ange. En outre, exposer par nationalité est raciste, l'art ne connaît pas de frontières. Grâce à l'arrivée à la Tate Modern du commissaire d'exposition Jan Debbaut, qui no




