Un monde fou se presse au Jeu de Paume où se tient dans un silence royal la rétrospective d'André Kertész, le photographe le plus inventif du XXe siècle. Celui qui a rêvé, enfant, aux images qu'il prendrait plus tard, et qui n'a eu de cesse de «regarder la vie autour de lui». Il est loin d'être un inconnu, non seulement parce qu'il a légué ses négatifs (aussi ses archives et sa correspondance) à l'Etat français en 1984, mais parce qu'il est encore possible d'acheter ses tirages chez Agathe Gaillard. Elle l'a exposé dès 1975 à Paris, l'été où il était l'invité d'honneur des Rencontres d'Arles, et lui a consacré un livre bouleversant paru chez Belfond en 1980, premier volume d'une collection malheureusement interrompue.
Vieil ami. Tout nous touche chez André Kertész, né à Budapest en 1894, et mort à New York en 1985 sans jamais oublier la France, qui l'adopte dès son arrivée, en 1925. C'est donc presque un siècle d'émotions qu'embrase cette rétrospective fabuleuse élaborée par Annie-Laure Wanaverbecq et Michel Frizot. Elle souligne d'abord la richesse spirituelle d'un homme «sentimental», attaché à sa famille et à sa femme Elisabeth, puis son désir de s'exprimer librement, en toutes circonstances, qu'il ravisse son oncle Poldi ou Mondrian dans son atelier, tout près du café du Dôme, «la vraie maison des artistes».
Il n’est pas un romancier du réel, l’un de ces courtiers du sentiment éprouvé, ni un reporter à la petite semain




