Marc Trivier expose peu, comme l'on dirait d'un écrivain qu'il aime les blancs. Dernières expositions à Paris, en 1986, au Palais de Tokyo, et à Douchy-les-Mines, en 2002. Quelle joie, donc, de le retrouver à la Maison européenne de la photographie à Paris, où il a accroché une centaine de portraits dans des cadres en inox fabriqués maison. Les tirages aux bords noirs flottent et ondulent, «la preuve qu'il y a de la matière vivante», note-t-il en souriant, les cheveux en bataille à la Johnny Depp. Et c'est vrai, même si de nombreux portraiturés sont morts, l'atmosphère n'est pas celle d'un cimetière, on se croirait plutôt dans un labyrinthe d'amis.
Fous. Sur les murs, Michel Foucault, Nathalie Sarraute, Philippe Soupault, Andy Warhol, John Cage… La plupart ont posé en intérieur, parfois chez eux, sauf Jean Genet, à Rabat, sur le banc d'un parc public. Ils n'ont pas toujours l'air à l'aise, dévisagent le photographe, parfois pressés d'en finir, ainsi Francis Bacon, «cannibale lucide» se levant au bout de quarante secondes, lançant «Bouh ! J'aime pas ça.» Dans chaque portrait, la présence de Trivier est palpable, il ne s'en cache pas : «Ce qui m'intéressait, ce n'était pas de photographier simplement un corps ou un visage, mais cette situation particulière qui est quelqu'un en train de faire la photo de quelqu'un d'autre.»
A leurs côtés, se tiennent aussi des inconnus, des fous en habits du dimanche. Des arbres. Et des bêtes




