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portrait

Mehmet Aksoy, tête de turc d’Istanbul

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Ce sculpteur turc a vu le pouvoir islamo-conservateur détruire son œuvre célébrant la réconciliation avec l’Arménie.

Mehmet Aksoy, lors d'une conférence de presse à Istanbul, le 12 janvier 2011. (REUTERS)
Publié le 03/06/2011 à 0h00, mis à jour le 06/06/2011 à 12h45

Les mains sont noueuses, musclées par le travail au burin et labourées par les éclats de pierre. D'immenses paluches velues qui engloutissent le téléphone portable. Il sonne sans arrêt. Des appels de solidarité, des amis qui l'encouragent ou le félicitent. «Je suis devenu bien malgré moi un symbole politique», s'esclaffe Mehmet Aksoy, le grand sculpteur turc.

Des blocs de marbre gris empilés, un treuil, deux assistants qui s'affairent. Il est chez lui, à Polonezkoy - littéralement «le village des Polonais» - lointaine périphérie d'Istanbul, sur la rive asiatique non loin de la mer Noire. Une magnifique forêt encore préservée où le sultan donna au XVIIIe siècle des terres en récompense à des soldats polonais qui avaient combattu les Russes aux côtés des forces ottomanes. D'élégantes villas de bois et une église catholique. La sienne est en périphérie du hameau. Une maison-atelier dont il dessina lui-même les plans. Une grande voûte d'un seul tenant en forme de scarabée, insecte sacré chez les Egyptiens, qui l'a toujours fasciné. «Ils font des boulettes d'excréments pour nourrir leurs bébés. A partir de déjections, ils créent une nouvelle vie», explique l'artiste, peu connu en France mais célèbre outre-Rhin pour son monument aux déserteurs allemands de la Seconde Guerre mondiale installé à Postdam près de la capitale allemande. Ses sculptures jouent sur la matière brute, silhouettes en creux dans leur gangue de pierre comme autant de traces de cris

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