C’est l’image en noir et blanc d’un accident de la route. Il fait nuit. Au premier plan à gauche, dans la pénombre, une voiture est renversée sur le flanc. Dans le fond, un bâtiment est vivement éclairé. Quelques pompiers s’activent. Dans un cartel, l’auteur de l’image indique que la scène se passe à Mexico le 22 novembre 1969 et qu’il a pris la photo… à la lumière des décorations de Noël. A l’origine de l’accident, un camion qui transportait des images de la Vierge.
Brushing. On est ici assez loin de ce que l'on nomme l'esprit de Noël, mais tout près de l'ironie incongrue qui surgit souvent des images d'Enrique Metinides, photographe mexicain qu'honore une des expositions des Rencontres d'Arles. En un demi-siècle, de 1949 à 1979, Metinides a réalisé pour différents journaux plus de 14 000 clichés de faits divers sanglants - déraillements de train, assassinats, crash d'avions, suicides, accidents variés - sans avoir la moindre prétention «artistique». A la manière d'un Weegee, autre spécialiste du genre, américain celui-là (exposé en France en 2008), il arrivait sur les lieux avec les ambulances ou les flics, en spectateur privilégié. Il en repartait avec des images suffisamment spectaculaires pour nourrir les tabloïds.
Mais aujourd’hui, lorsque l’on revisite ce grand guignol d’un œil neuf, on voit apparaître tout autre chose qu’une collection de cadavres. Le cadre, la composition des images et le moment du déclenchement indiquent que Metinides était à l’affût




