Voir le vieux Paris à Madrid, c’est aujourd’hui possible grâce à Eugène Atget (1857-1927), avec ces 230 épreuves réalisées entre 1898 et 1924. C’est même un choc, tant le plus opiniâtre des photographes français paraît chez lui dans la capitale espagnole, indifférent à la langue du pays : ses images parlent à sa place et chuchotent sa propre histoire. C’est comme si la Fondation Mapfre était frappée d’une atgetmania incurable: on aime Atget à la vie à la mort, impossible de s’en séparer, fatalité.
Longtemps considéré comme un laborieux sans talent, «un primaire» selon le diabolique Man Ray, Atget bénéficie depuis des années d'un engouement sur les cimaises. Réputés trop mélancoliques, les classiques du XIXe liés au début du XXe siècle, dont notre cher Atget, enchantent pourtant le public. Pourquoi ? Parce que se jouent, dans cet intervalle historique, non seulement l'épanouissement d'un médium extraordinaire, mais aussi, encore plus précieuse, la trajectoire perceptible d'un passé reconstruit.
Forçat. Il y a une jouissance à revoir Paris vu par Atget, comme si on participait au remake du dernier film de Woody Allen, Midnight in Paris, et qu'allaient surgir devant nous quelques fantômes actifs sous la IIIe République : Jules Ferry, Colette, et même les frères Lartigue surpris en plein Guignol au jardin du Luxembourg. Bien sûr, c'est un rêve. Le Paris d'Atget n'existe plus, mais le photographe a réussi à l'archi




