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Libération
De notre correspondant à Pékin

Ai Weiwei met la Chine à nu

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Enlevé par la police en avril, l’artiste provocateur a disparu pendant 81 jours. Relâché mais sous surveillance, il poursuit ses actions de «subversion» contre Pékin.

Ai Weiwei jette des graines de tournesol en porcelaine, en octobre 2010 à la Tate Modern Gallery de Londres. Il présentait alors sa nouvelle installation. (REUTERS)
Publié le 01/10/2011 à 0h00, mis à jour le 03/10/2011 à 11h41

A Caochangdi, village de la banlieue de Pékin coincé derrière le cinquième périphérique, un canevas de ruelles boueuses peuplées d’ouvriers migrants ceinture un quartier huppé de galeries d’art en béton brut. C’est ici qu’habite Ai Weiwei, concepteur du célèbre stade olympique en «nid d’hirondelle» des JO de 2008. Plusieurs caméras de surveillance sont braquées sur l’enceinte, un grand carré de briques enlaçant un labyrinthe de bâtiments aux lignes sobres qui fait songer à un cloître. La ressemblance s’arrête là.

Un grand «Fuck» en lettres vertes accueille les visiteurs. Sur les tables traînent des piles de photos de gens nus alignés contre un mur blanc, les bras levés. Presque une marque de fabrique pour Ai Weiwei, qui invite pratiquement tous ses visiteurs à se déshabiller devant son appareil photo. Cette fascination singulière lui est venue dans l'East Village à New York, où il a vécu pendant douze ans. L'un des ses amis, Bei Ling, se souvient de sa rencontre avec lui, en 1988. «Il avait une tignasse ébouriffée et un gros manteau molletonné de l'armée chinoise. Chaque fois qu'on lui présentait un inconnu, il finissait par lui demander avec un sourire timide, en rougissant même : "Allez, on se met à poil ensemble ! On est à New York, non ?"» Ai, qui s'est lui-même photographié dans le plus simple appareil devant le World Trade Center, a engrangé une collection. Dans une interview accordée l'hiver dernier à une documentariste chinoise - à qui il a fait son habituell

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