Dans la Carte et le Territoire, le Houellebecq qui a décroché le Goncourt l'an dernier, l'artiste Jed Martin ne parvient pas à terminer une œuvre baptisée Damien Hirst et Jeff Koons se partageant le marché de l'art. Logique : Jed a oublié dans son allégorie le troisième larron, Takashi Murakami. Ce Japonais qui s'est forgé un style néopop dans l'esthétique manga est de ceux qui ont fait pleuvoir les millions durant les années 2000. C'est un de ces magiciens de l'hallucination collective que l'on appelle art contemporain, où les petites fleurs se transforment en hard cash. Il fait trimer une armée d'une centaine d'assistants basés à Tokyo et à New York, parcourt le monde pour défendre sa «marque», empoche des paquets de pognon. Alors, heureux et riche ? Non, «lamentable» et «inquiet».
Murakami ferme les yeux dans ses grandes lunettes rondes. Il réfléchit longuement et, à la question «traceriez-vous un parallèle entre les extravagances actuelles du marché de l'art et celles d'une finance planétaire hors de contrôle ?» il finit par répondre : «Je suis toujours en train de trembler. Je suis ballotté sur un marché dont les règles ont été édictées par des Occidentaux. Moi, je suis japonais. Je subis plus que je ne participe.»
L'épreuve semble pourtant gratifiante : nous rencontrons Takashi Murakami dans la galerie d'Emmanuel Perrotin à Paris où, à peine déballées, la plupart des toiles de son exposition «Homage to Yves K




