Cent ans, et puis quoi ? Un héritage fabuleux. Voilà ce qu’a laissé Manuel Alvarez Bravo après sa longue vie à Mexico, où il est né le 4 février 1902 et mort le 19 octobre 2002. Une œuvre encore peu exposée en France, même si, dès 1986, le musée d’Art moderne de la Ville de Paris lui consacrait une rétrospective, six ans après sa première exposition à la galerie Agathe Gaillard, qui lui restera fidèle.
Aujourd’hui, le Jeu de Paume présente 159 tirages et des fragments de films, que les commissaires, Laura Gonzáles Flores et Gerardo Mosquera, ont réunis après deux ans d’intenses recherches, du Getty Museum de Los Angeles à l’Art Institute de Chicago. Et bien évidemment à Mexico, à Coyoacán, dans la maison atelier de don Manuel, où il travailla à composer, d’abord par distraction, puis par exigence, son éden sur papier.
Pittoresque. Découpée en plusieurs sections dotées de verbes primaires («Voir», «Marcher», etc.), cette rétrospective s'essaie à montrer, sans suivre la chronologie, la place fondatrice de ce photographe, qui sut, dans le même temps, donner vie au peuple mexicain et le rendre universel. C'est ce double élan que les commissaires ont voulu, en quelque sorte, condenser, comme si n'existait qu'un unique mouvement de création, dénué de toute tentation pittoresque. En propulsant Alvarez Bravo dans l'au-delà des cimaises, dans l'abstraction même, ils ont rompu le fil poétique qui le reliait à l'invisible, à cette vision éternelle qu'imposent certains ph




