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Critique

Paul Graham, la vie en filigrane

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Photo. A Paris, le Bal présente cet automne deux séries en couleurs du Britannique installé depuis dix ans à New York.

Série «Beyond Caring» - «Woman in Headscarf, DHSS waiting room», Bristol, 1984, de Paul Graham. ( Photo Paul Graham. Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris.)
Publié le 06/11/2012 à 19h06, mis à jour le 07/11/2012 à 16h47

Paul Graham, né en 1956, a deux alliés : le temps et la couleur. Démonstration au Bal, où le photographe britannique a littéralement pris possession du lieu, y imprimant sa marque, comme si tout n'avait été conçu que pour lui, y compris les poteaux qui soutiennent cette fabrique parisienne du regard. Au premier étage, juste après la librairie, les photographies de la série Beyond Caring, de 1984, quand Graham est dans la dèche. Au sous-sol est présenté The Present, dernier volet d'une suite symphonique new-yorkaise composée en 2010, dans sa ville d'adoption (il s'y est installé en 2002), et qui procure une joie extraordinaire.

Beyond Caring est un huis clos sur le chômage et son décor glauque de salles d'attente. A l'opposé d'une photographie jusqu'alors soumise à l'unicité du noir et blanc, dans la tradition immémoriale de Eugene Smith, Paul Graham propose un réel démultiplié, un éventail ouvert sur l'arc-en-ciel. Accueil glacial du milieu, qui voit dans ses couleurs - du rose, du bleu, du vert - matière à diversion, voire à ironie, face à un sujet jugé trop grave. Comment imaginer autrement qu'en noir et blanc les conséquences inhumaines de la politique de Margaret Thatcher, le désastre, la misère ?

Ajustement. Parce qu'il est lui-même dépendant de l'aide sociale, Graham photographie son environnement en douce, et invente son propre langage : «Mon intention était de prendre les thèmes les plus éculés du photojournalisme et de l

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