Archive: cet article a été publié dans Libération le 26 novembre 2012
Lueur d'insouciance, souffle d'indulgence. Quand il l'a décidé, et seulement à cet instant-là, Lou Reed sourit. Il est à Paris pour veiller sur sa dernière création, un livre de photographies, dodu comme un nouveau-né et bien imprimé. Sur la couverture de Rimes Rhymes, un flot de rouge et de jaune, la lave d'un volcan italien, qui ouvre, en trois cents reproductions, sur l'univers baroque d'une rock star sur le tard. Il est tout en noir, des pieds à la tête. Il paraît fragile, l'âge peut-être, 70 ans. Il a froid, non pas de thé, un verre d'eau. Il ressemble à un Indien d'Edward S. Curtis, il incarne l'Ouest américain à lui tout seul. Plane l'ombre de son vieux copain, Andy Warhol, il en parle comme s'il venait de disparaître hier, émotion intacte. La photographie, acte de mémoire ? Mauvaise question, typiquement française, note-t-il, l'air d'un prof découragé, aucune trace de mémoire, seul compte l'instant présent. Dans la vie comme dans la photographie. «Je suis sûr que Dieu possédait un Leica», écrit-il au début de son livre.
Certaines de ses photographies sont assez connues, il les avait présentées au Printemps de Cahors, en 1999, dont il était l'invité d'honneur. So long ! Des rapaces, des ciels exaltés, beaucoup de fantômes. Nouveauté de Rimes Rhymes : une série d'instantanés très surprenants, les rues de Shanghai, des arbres enneigés ou dressés tels des chan




