Yeux plissés, bouche ouverte, tendu jusqu’au bout des doigts qui dépassent du costume un peu trop grand : le portrait du garçon endimanché magnétise. Son corps tout entier semble chanter avec ferveur, au point qu’on a l’impression d’entendre sa voix. La photo, prise par Daniel Hofer dans l’une des églises pentecôtistes de Dortmund, ville allemande de la Ruhr, sert d’affiche à l’exposition «His Master’s Voice» (la voix de son maître), jusqu’au 28 juillet.
Appel à tuer. Il y est question de pouvoir, comme le suggère l'intitulé, de propagande, d'envoûtement, de possession, mais aussi de l'inquiétante étrangeté de la voix. «Nous agissons à travers le langage, mais comment le langage agit-il à travers nous ? Comment la voix est-elle connectée au corps et à l'identité de l'individu ? Que se passe-t-il quand les mots prononcés se détachent de la personne qui parle, le texte de son sens, le son de l'image», interroge la commissaire, Inke Arns, qui convoque ventriloques, doubleurs, propagandistes et prédicateurs au HMKV, centre d'art-média régulièrement primé pour la qualité de ses expositions.
«His Master's Voice» présente 28 œuvres brassant les époques et les médias, qui explorent la performativité du langage et de la voix, quand les mots créent la réalité qu'ils ne font apparemment que décrire, quand les mots deviennent des armes. Tels ceux propagés par la Radio Television Libre des Mille Collines (RTLM), accusée d'avoir mené une campag




