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Au téléobjectif, Arne Svenson a photographié ses voisins en face de son immeuble de Tribeca, à New York. Une série de clichés cadrés, structurés. Et mystérieux, puisqu'on se retrouve plongés dans l'intimité de ces sujets anonymes.

The Neighbors #5, 2012 par Arne Svenson. (Courtesy of Julie Saul Gallery, New York.)
Publié le 16/10/2013 à 18h26, mis à jour le 17/10/2013 à 12h01

Les fenêtres que l’on voit dans ces images sont des cadres. Et l’inverse vaut également. Espionner ses voisins depuis son appartement, guetter leurs va-et-vient, leurs passages fugaces dans le rectangle de verre d’une vitre, tout cela a un nom : le voyeurisme. Mais qu’est ce qu’être « voyeur » sinon que de s’intéresser à autrui, de le personnifier, de s’y attacher ?

Le cinéma qui n'est, avant toute chose, que l'art le plus obsédé par la question de la projection a embrassé le sujet comme un être aimé, du théoricien Antonioni chez Blow Up, au Michael Powell du Voyeur, en passant par Fenêtre sur cour de Hitchcock où James Stewart, immobilisé, faisait de l'immeuble d'en face de chez lui un écran où se jouaient des saynètes drôles, tragiques ou des intrigues meurtrières. Dans Shame de Steve McQueen, Michael Fassbender voit des couples forniquer contre les vitres d'un hôtel new-yorkais. Chacun des clichés, non titrés ni datés, de Neighbors, la série d'Arne Svenson présentée ici, ressemble à l'arrêt sur image d'un de ces films.

The Neighbors #13, 2012 par Arne Svenson. Courtesy of Julie Saul Gallery, New York.

Qu’y voit-on ? Le dos d’une femme, une famille réunie, un adolescent. Rien de très nouveau. Sauf que ces moments anodins, piochés (et non pas «volés») par un téléobjectif de 500 mm, isolés par le photographe, se retrouvent enroulés dans une aura d’énigme. Et l’esprit de s’emballer. Que fait ce corps féminin avec un couteau ? Pourquoi ce jeune

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