La peinture britannique de la seconde moitié du XIXe siècle n'a jamais eu les faveurs des Français. Pour une bonne part, elle est même tombée dans les oubliettes de l'histoire de l'art. Tout l'opposait aux mouvements modernes qui bousculaient alors le continent: l'archaïsme de ses sujets, la raideur de ses figures, les couleurs criardes d'un kitsch décidément provincial. Tout juste si les historiens voulurent céder une place à l'étrange communauté secrète baptisée Confraternité préraphaélite, qui eut une existence fort éphémère au milieu du siècle. Et pourtant, les dernières décennies de l'interminable règne de Victoria, morte en 1901, nourrirent un foisonnement créatif, beaucoup plus divers et moins isolé qu'on a bien voulu le croire.
Sortilèges. En 2009, à Londres, Stephan Calloway avait exposé ce qui fut appelé «le Mouvement esthétique» dans une présentation mémorable au Victoria and Albert Museum, reprise par la suite en version réduite à Orsay. Deux ans plus tôt, Peter Trippi avait réhabilité au musée de Montréal l'une des plus fortes figures de cette période, John William Waterhouse, peintre de sortilèges et de maléfices. L'exposition parisienne prolonge cette ouverture. Elle ne se veut pas une synthèse de l'époque (Waterhouse, par exemple, y est assez pauvrement représenté), mais en offre un aperçu, à travers un goût particulier: celui d'un amateur mexicain, Juan Antonio Pérez Simón, dont la collection compte un millier




