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interview

«J’aime l’idée d’une machine obstinée»

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Entretien croisé entre l’artiste Grégory Chatonsky, concepteur de Capture, et le musicologue Peter Szendy.

Publié le 15/04/2014 à 18h06

A l'occasion de l'expo «I'll Be Your Mirror» à Enghien-les-Bains, Libération s'est entretenu avec Grégory Chatonsky, créateur de Capture, et Peter Szendy, philosophe et musicologue, auteur notamment de Tubes, la philosophie dans le Juke Box (éditions de Minuit, 2008).

En dépit de son parfum futuriste, Capture est une machine qui ressasse et remixe. Elle produit quelque chose qui est déjà périmé ?

Grégory Chatonsky : Effectivement, Capture produit de l'ancien, parce que l'une des principales sources d'inspiration, c'est Internet. L'un des systèmes utilisés pour générer les paroles des chansons consiste à aller dans le moteur de recherche Google, et taper «I love you». Google suggère la suite, sur la base de ce que les internautes ont écrit avant. Ce système est détourné pour composer des couplets et des refrains. A partir de ces mots-clés, il va chercher des images, ces images vont chercher des vidéos et produire automatiquement des clips. Capture traduit un média dans un autre, sans chercher à préserver le sens. Le dispositif est emblématique de cette manière qu'a la machine aujourd'hui de traduire tout en tout, sans se soucier du sens, parce que l'ordinateur ne comprend pas le sens et que ce n'est pas son problème.

Dans quelle tradition musicale s’inscrit ce projet de «netrock génératif» ?

Peter Szendy : Capture renvoie à la longue histoire de la production de musique de façon mécanisée. Dans Musurgia Universalis, une curiosité de 1650 du jésuite Athanasius Kircher, une section est consacrée à la production de musique aléatoire et mécanisée, consistant à tirer des fiches avec des formules mélodiques et à les combiner.

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