Le visage, le regard. Le regard de celui qui, artiste, cherche un visage (car un visage se constitue, on assemble des lignes, des rides, des pores, des pupilles…), et le regard de celui qui est regardé, modèle, qui voudrait savoir comment l’autre le voit, le constitue. C’est, en principe, l’art du portrait.
Illustration de cette spécularité, la célèbre série Self Portrait of You + Me de Douglas Gordon, qui brûle les yeux des photographies et met un miroir en dessous, nous rendant complice d'une défiguration par notre seul regard.
Au-delà, refus du visage. Dans ce cas, c'est la figure, un corps, le portrait-robot, l'avatar 2.0., le selfie désormais, où le visage est assujetti aux signes de la mode (dans un selfie, il y a des seins, des pectoraux, une barbe de hipster qui va bien, etc., mais personne dedans). Le visage à l'ère de sa reproductibilité technique, voilà une piste qui n'est pas beaucoup explorée (pas de vidéos) dans la riche exposition que présente la Vieille Charité à Marseille, en cinquante œuvres peintes, photographiques ou sculptées.
Trait disneyen. En revanche, enlever le regard, c'est un leitmotiv ici, qui signifie le désir d'humanité : depuis les masques des têtes-pommes sans traits de Magritte dans le Domaine enchanté (1953) jusqu'au Spaghetti Man de Paul McCarthy (1993), peluche géante au sexe en tuyau d'arrosage dont les yeux sont absents au-dessus d'une bouche de clown grimaçante, en




