La photo date du mois d’août 1988. Une jeune femme est assise sur une plage de Bora Bora, photographiée de dos, topless, le regard vers le large. L’auteur est son petit ami d’alors. Elle se prénomme Jennifer, lui John, il la demandera en mariage l’année suivante. Ils sont toujours ensemble, parents de quatre enfants.
Ce n'est pas la romance qui a poussé l'artiste néerlandais Constant Dullaart à se lancer dans la quête obstinée de cette image, au centre de son exposition «New Brave Panderers» (maquereaux en français) à la galerie parisienne XPO. Ce cliché banal est la première photographie couleur à avoir été «photoshopée». John Knoll, le commercial, et Thomas, le programmeur, sont les deux frères à l'origine du célèbre logiciel de retouche qui a irrévocablement modifié notre vision du monde. «John utilisait cette image intime pour faire les premières démos à ses clients», s'amuse Constant Dullaart. Prise avec un appareil argentique, puis scannée sur un Sharp JX-450, plusieurs disquettes sont nécessaires pour stocker cette photo «haute résolution» (pour l'époque) qu'il donne à quelques amis chez Apple afin de tester son programme.
«Il y a une certaine absurdité à utiliser l'image de sa future épouse à moitié nue pour en faire un objet à manipuler, à dupliquer. C'est précisément de cette manière que Photoshop est utilisé aujourd'hui par les magazines de mode, corps féminins retouchés pour en gommer les imperfections, analyse l'artiste. Cet outil il




