Menu
Libération
Arts.

Lucio Fontana, envoyé spatial

Réservé aux abonnés

A Paris, une grande rétrospective consacrée au plasticien pourfendeur de toiles révèle un homme pétri de contradictions.

Publié le 27/06/2014 à 18h06

Quiconque est passé par un salon d’art contemporain, ou par une riche demeure américaine, a vu un Fontana. Inévitablement, un monochrome fendu à la verticale ou en légère oblique. La rétrospective proposée par le musée d’Art moderne de la Ville de Paris réussit à sortir de cette vision cantonnée à ses dernières années. Elle est aussi de la responsabilité de l’auteur, tant il a voulu multiplier cette production à l’infini: il a signé au moins 1 500 de ces tableaux en une décennie, qu’il accompagnait au dos d’une phrase sur le temps qu’il fait ou un rendez-vous avec le critique d’art Michel Tapié.

Il est resté de Lucio Fontana (1899-1968) cette image d'un dandy des sixties exploitant un système, occupé à vendre au meilleur prix, soignant le contrôle de son marché… «J'ai atteint les limites de mon possible», a-t-il même dit un jour. A l'inverse, la présentation descommissaires Sébastien Gokalp et Choghakate Kazarian, avec la collaboration de la Fondation Fontana de Milan et le concours de galeries comme Karsten Greve et Tornabuoni (1), révèle un artiste pétri de contradictions. Ces 200 œuvres composent sa plus riche monographie jamais ouverte hors d'Italie. Cette diversité paraît dès l'entrée des années 30, où des tablettes abstraites, prémonitoires, en plâtre ou terre et une étrange faune marine en céramique encerclent un pêcheur au trident à l'antique et un athlète assis, en écho aux vertus prônées par le régime mussolinien (lire page ci-contre).

Dans la même rubrique