C’est le mythe de la création qui le dit : chaque Vietnamien est le descendant d’un dragon et d’une fée, fille de mortel. Lui est animal d’eau, elle femme de feu. De leur union inattendue sont issus cent œufs. La fée en ramène cinquante dans sa région d’origine, les montagnes, tandis que le dragon rejoint le bord de mer avec les cinquante autres. Les descendants de ces enfants constituent le peuple vietnamien ou, du moins, son essence dans ce qu’elle a d’intimement lié avec son territoire et les éléments.
On comprend, dès lors, le choix du musée Guimet à Paris de présenter, dans le cadre de l'année France-Vietnam, une lecture de l'histoire du pays asiatique en suivant les évolutions de cet animal fabuleux. Omniprésent «mais pas sacré pour autant», explique Pierre Baptiste, conservateur en chef de Guimet, le dragon serpente au fil des siècles sur les jarres, les verseuses, les décors architecturaux, mais aussi parmi les souverains et les dieux. Animal sujet aux métamorphoses, il est tantôt orné d'une tête de cheval, de corne, d'une crête, couvert d'écailles ou encore trapu. Fidèle à lui-même, pourtant, depuis son ancêtre crocodile «proto-dragon» que l'on voit par paires sur la pointe d'une lance ou sur une hache pédiforme datant de l'âge du bronze (Ve siècle avant notre ère), il raconte un peuple en mutation, longtemps soumis mais résistant, incroyablement résistant.
Dragon en bronze, I
er
-III
e
siècle. Photo RMN-Grand Palais. Mnaag Paris
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