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Interview

«Il jouait aux échecs pour se déprendre du milieu de l’art»

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Bernard Marcadé, auteur d’une biographie de Duchamp.

Publié le 25/09/2014 à 19h06

Un mur de l’exposition à Beaubourg est consacré au jeu d’échecs, une passion qui a occupé Marcel Duchamp toute sa vie. Certains ont même pu dire qu’il avait abandonné l’art pour se consacrer à ce jeu. Dans un dessin, il représente ses deux frères en train de jouer, Jacques Villon et Romain Duchamp-Villon, avec un X marquant l’affrontement de leurs esprits.

Les historiens de l'art Francis Naumann et Bardly Bailey ont publié en 2009 une thèse pour affirmer que ce jeu était littéralement interconnecté avec sa production artistique, à travers de multiples codes qu'ils se sont efforcés de décrypter. The Art of Chess a été édité à l'occasion d'une exposition sur le sujet au musée de l'université de Saint-Louis.

Auteur de la biographie de Marcel Duchamp paru en 2007 chez Flammarion, Bernard Marcadé a un point de vue plus mitigé.

Les échecs peuvent-ils être comparés au jeu de go chez Pérec ? Ont-ils une part dans l’esthétique de Duchamp ?

Les échecs, c'est très important pour Duchamp, et cela l'a porté toute sa vie. C'est d'abord une histoire familiale puisqu'il jouait avec ses frères. Il a pratiqué en Argentine durant la Grande Guerre, pour tromper son ennui. Il n'était pas un génie, comme Bobby Fischer qu'il portait aux nues. Mais il a joué toute sa vie et pouvait rencontrer des champions. Il a fait partie de l'équipe de France. Il a rédigé un petit traité avec Vitaly Halberstadt (1). Ceci dit, les échecs ont pu jouer un usage stratégique ou, disons, tactique dans sa vie, mais pas dans son esthétique. Il s'en servait pour se déprendre du milieu de l'art, dont il parlait comme d'un «p

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