La municipalité aura jusqu'au bout essayé d'empêcher l'inauguration. En vain. Mercredi, le sulfureux anatomiste allemand de 70 ans Gunther von Hagens, surnommé «docteur la mort», a ouvert au public, au pied de la tour de télévision de l'Alexanderplatz à Berlin, son propre espace, celui dont il rêvait : le «Musée de l'homme - facettes de la vie» (1). Y sont présentés 220 «objets», dont 20 corps entiers, conservés selon sa fameuse technique de «plastination» et qui étaient jusqu'ici itinérants.
Fascination. Il y a là la danseuse, le couple embrassé, la tireuse à l'arc, le penseur… Les corps sont en partie écorchés, laissant apparaître muscles, tendons, organes, comme dans un gigantesque musée de l'histoire de l'homme. Les objets sont répartis par chapitres (la digestion, la respiration, le système nerveux…) et abordent des thèmes plus généraux tels que bonheur et malheur. L'exposition relie anatomie et philosophie, médecine et nouveaux médias. Plusieurs projections vidéo amènent le visiteur à l'intérieur du système nerveux ou d'autres fonctions vitales. «Ici, tout tourne autour de nous, les êtres humains», insiste Angelina Whalley, l'épouse de Gunther von Hagens et commissaire de l'exposition. Selon Whalley, citée par l'AFP, «40 millions de personnes ont eu l'occasion de visiter [l'exposition] dans 23 pays». La première du genre a eu lieu il y a vingt ans au Japon.
Partout, le couple von Hagen-Whalley s'est heurté à un mélange de fascination et de répulsion face à une telle mise en scène de la mort, chatouillant l'éthique et nourrissant un sensationnalisme jugé obscène par de nombreux commentateurs. «Pour ôter le sentiment de peur, il faut que les plastinations soient esthétiques», proteste la commissaire. La préparation de chaque corps demande ainsi jusqu'à 2 000 heures de travail dans les ateliers du couple à Heidelberg, dans le sud-ouest de l'Allemagne.
Le procédé de conservation mis au point par von Hagens consiste à vider le cadavre de toute eau ou graisse, qu'il remplace par de la silicone ou de la résine epoxy. Les corps sont présenté sans information sur l'origine, l'âge ou les circonstances de la mort. Gunther von Hagens explique simplement que tous proviennent d'une banque de données de 15 000 corps, de personnes ayant fait don de leur dépouille à son institut. En 2004, Der Spiegel assurait qu'une partie des corps présentés proviendraient de Chine et auraient été récupérés dans des conditions douteuses. «L'anonymat est nécessaire pour permettre au public de se découvrir à travers les corps présentés», explique Angelina Whalley. Les détracteurs du couple estiment au contraire que les défunts sont ainsi privés de leur dignité.
Plainte. La municipalité de l'arrondissement berlinois de Mitte avait déposé une plainte, appuyée par des membres du clergé et des responsables politiques, pour s'opposer à l'ouverture du musée, l'exposition allant, selon eux, à l'encontre de la législation régionale sur l'inhumation, qui oblige à enterrer corps ou cendres dans un cimetière. La justice en a finalement décidé autrement, autorisant l'exposition dans une décision du 10 février. L'argument du tribunal était que les corps présentés ne pouvant se décomposer, ils ne sont pas concernés par la loi sur l'inhumation. En France, la Cour de cassation, plus haute juridiction judiciaire, avait confirmé en septembre 2010 l'interdiction d'une exposition de corps «plastinés» selon la méthode von Hagens.




