Il y a quelques jours, une grande toile de Gérard Traquandi - coulures grises et reliefs noirs ondulant sur fond vert d’eau - a quitté les réserves du Centre national des arts plastiques (Cnap), sises sous le Parvis de la Défense, pour un des murs du Palais de l’Elysée. Le tableau Light Pool de Duncan Wylie, acheté en 2012, a quant à lui pris la direction du ministère des Affaires étrangères. L’an dernier, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, est allé faire ses emplettes à la même adresse, pour décorer le siège de son administration - des formes liquides et violacées, peintes en 2015, par le jeune artiste Lionel Sabatté.
Chaque année, ce sont quelque 600 œuvres qui sont ainsi déposées par le Cnap dans les bureaux lambrissés de la République mais aussi dans les halls d'écoles, les églises, les jardins publics, les centres d'art ou les musées de province. Le Cnap a du coffre (sur un total de 100 000 œuvres, 80 000 sont inventoriées), et continue à en engranger des centaines chaque année. Il en est ainsi depuis 1791, quand, prenant la relève des libéralités de la couronne et de l'aristocratie, la République décide d'encourager les «talents naissants» en achetant leurs travaux. L'année dernière, 384 œuvres de 203 artistes ont rejoint la collection pour un budget de 2,37 millions d'euros. Trop cher payé ? Pas au regard des 450 millions de dollars (soit environ 382 millions d'euros)




