Ce qu'on a compris de l'accrochage dispersé et dissipé de Benoît Maire au Capc, c'est d'abord que l'artiste, né en 1978, voulait faire de chacune de ses séries de pièces un grand mix. On ne le comprend que trop : c'est la tendance après avoir été l'horizon. Mettre les pièces - des sculptures, des photos, des peintures, des chaises - en résonance, ou en tout cas en présence les unes avec les autres permet de varier les effets, les formes, les angles tout en assurant que tout va dans le même sens et relève d'une même exigence, d'une même pensée, d'un même auteur. Benoît Maire est doué pour appliquer à ses œuvres une dose délibérément et (heureusement) cool de philosophie : il reprend des mythes et des figures de l'Antiquité grecque (l'exposition s'intitule «Thèbes») pour en mettre en forme la portée énigmatique, sans chercher la vérité du texte, ni la petite bête. Sa tête de Méduse, bloc en bronze arborant une face anguleuse qui semble se retourner au-dedans d'elle-même, fait ainsi figure de parfait objet de curiosité. Ici, il y en a beaucoup d'autres, issus de la série des «Châteaux», superpositions équilibristes d'objets manufacturés (une souris d'ordinateur, un cube de verre taillé) et d'éléments naturels (un coquillage…) dont on voit assez bien, trop bien, le cadre et la lignée dans lesquels elles s'inscrivent : nature/culture, le monde à l'ère de l'anthropocène, la sculpture en mode mineur assemblant des choses de nature antagoniste… Ça ne manque pas de charme, ni d'intelligence. Mais là, au prisme de cet accrochage qui a choisi de tout mélanger (la série «Journaux de guerre» est également présentée), cela manque peut-être un peu de raideur, de fierté, de dureté : si Benoît Maire procède par séries, s'il trame un thème ou un motif («Peinture de nuages» en a un, qui devient embarrassant à force de rappeler les grognards de la peinture lyrique), on aimerait voir si ses séries tiennent seules, bien à part les unes des autres.
Critique
Benoît Maire, échafaudeur d’énigmes
A Bordeaux, l’expo «Thèbes» réunit trois séries de l’artiste qui explore les liens entre concepts et objets dans une démarche philosophique.
«Origine du nombre», 2017, de Benoît Maire. (Photo ADAGP Paris)
Publié le 17/06/2018 à 17h56, mis à jour le 31/10/2018 à 15h03
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