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Vercingétorix, collabo des Romains !

Flagrants délires ? (6/6). Conspirations, complots, rumeurs… les bruits courent toujours. Pour clore cette série, c’est un mythe gaulois qui s’effondre.

Publié le 23/07/2015 à 20h26

«Alegia ? Che ne connais pas, Alégia ! Perchonne ne chait où ch’est, Alégia…»

Pour les lecteurs d'Astérix, la défaite gauloise face aux légions de César a longtemps été un sujet tabou, au point qu'on ne sache même plus où a eu lieu la fameuse bataille. Un même flou historique entoure Vercingétorix, premier héros mythique national, guerrier malheureux défendant la patrie menacée face à un ennemi sans pitié. Si les grandes lignes sont connues - campagnes de César, révolte gauloise, victoire de Gergovie, siège d'Alésia, reddition puis captivité à Rome où il fut assassiné dans sa prison -, les détails de la vie et de la personnalité de Vercingétorix sont quasi inexistants. Il faut dire que le seul biographe contemporain fut son pire ennemi : César. Qui qualifie le fils du chef de tribu Celtill «d'adulescens» (Guerre des Gaules, VII, 4) ; ce qui signifie qu'il a moins de 30 ans. De sa jeunesse, on ne sait rien. Deux textes apocryphes signalent que, avant la campagne de 52, il avait été «en amitié»avec César et qu'il l'aurait ensuite trahi. Ce qui signifierait qu'il aurait été un… collabo à la solde des Romains, vraisemblablement un des chefs du contingent de cavaliers arvernes que César avait enrôlés dans ses troupes lors des précédentes campagnes.

De fait, plusieurs de ses actions montrent sa connaissance des techniques militaires romaines (fortification des camps, intendance…). L'occasion d'écorner au passage une autre fable : Vercingétorix, jeune noble gaulois fréquentant les Romains, devait donc être glabre et avoir les cheveux courts (le mythe du grand moustachu à chevelure abondante coiffé d'un casque à ailettes est une construction romantique du XIXe siècle…). En marge des débats sans fin sur la localisation d'Alésia, quelques historiens ont même tenté de nier l'existence du vainqueur de Gergovie. Ainsi, le nom «Vercingétorix» signifierait simplement «grand» (ver) «guerrier» (cingeto) et «roi» (rix).

Un nom générique, transformé en nom propre. César aurait donc inventé un ennemi à sa hauteur dans le bulletin de propagande que fut la Guerre des Gaules. Une création reprise au XIXe siècle par le pouvoir (Empire puis République) en quête de héros laïc (Jeanne d'Arc et Clovis étaient trop proches de l'Eglise) symbolisant l'unité nationale et la lutte contre l'envahisseur.

Chronique réalisée à partir du livre Et si c'était la vérité, de Christophe Bourseiller (La librairie Vuibert).

CE WEEK-END : TOMBÉ DU CIEL (1/6)

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