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On se console comme on peut (4/6)

N64 contre Playstation : Sony entre dans la danse

Un microprocesseur, une carte graphique, de la mémoire vive et c’est parti pour l’histoire des consoles de jeux vidéo. Aujourd’hui, celles de la 5e génération, la PlayStation et la N64 (1995-2001).

Une Playstation japonaise (le premier modèle, «SCPH-1000»). (Photo Evan-Amos)
Publié le 28/07/2015 à 17h06

Si vous avez raté le début :

Au milieu des années 90, la guerre fait donc rage entre Nintendo et Sega. Et le second veut toujours avoir un coup d'avance technologique sur son concurrent. En novembre 1994, il met en vente sur le marché japonais la première console de 5e génération, la Saturn. La puissance a fait un bond : désormais, les jeux peuvent tourner en 3D, avec tout plein de jolis polygones. Le porte-étendard de Sega, disponible dès la sortie de la console, est d'ailleurs le premier jeu 3D à avoir fait ses preuves en arcade : le jeu de baston Virtua Fighter. Le constructeur semble ainsi avoir tous les atouts pour un KO magistral. Sauf que…

Sauf qu'un nouveau combattant entre sur le ring moins d'un mois plus tard au Japon. Et Sony, avec sa PlayStation, n'est pas là pour faire de la figuration. La multinationale japonaise n'avait pourtant à l'origine pas d'ambition particulière pour ce marché. Mais au début des années 90, elle a travaillé avec Nintendo pour créer un lecteur de CD pour la Super Famicom (ou SuperNES, ou Super Nintendo, si vous avez bien tout suivi). Ce périphérique devait s'appeler la Nintendo PlayStation. Mais le deal vole en éclats en 1991, lorsque Nintendo annonce avoir finalement passé un accord avec l'autre mastodonte du CD, Philips. Ce qui n'aboutira à rien, par ailleurs. Mais Sony a mis un pied dans la porte et veut se servir de toute son expérience dans le divertissement (musique, cinéma) pour prendre d'assaut la citadelle jeu vidéo.

Le premier à en faire les frais est Sega. En mai 1995, la Saturn doit débarquer sur le marché américain durant la première édition de ce qui deviendra le grand raout annuel de l'industrie : l'E3. Sega annonce lors d'une conférence que sa console sera disponible le lendemain au prix de 399 dollars de l'époque. A peine quelques heures plus tard, pour conclure la conférence de Sony, Steve Race, alors président de la branche américaine de Sony Computer Entertainment, monte sur la scène et dit juste «299» avant d'aller se rasseoir. Au-delà du fait d'écraser la concurrence, ce que Sony fait très bien, le géant veut surtout ouvrir le jeu vidéo au grand public. Tenir un pad doit devenir une activité tendance. Pour y arriver, le Japonais mise sur WipeOut, jeu de course futuriste qui sort en même temps que la console en Europe, le 29 septembre 1995. Pour la bande originale, Psygnosis, le studio de Liverpool aux commandes, fait appel aux stars de la scène electro britannique : Chemical Brothers, Orbital ou Leftfield. Sony va même jusqu'à placer des consoles de démonstration dans les boîtes de nuit, histoire de montrer que le jeu vidéo n'est plus une affaire de gamins.

Et Nintendo, dans tout ça ? Le constructeur sort sa Nintendo 64 deux ans après la Playstation. Elle est plus puissante mais elle utilise encore le support des cartouches. C'est plus rentable pour Nintendo, mais c'est plus cher à produire et, en outre, elles contiennent beaucoup moins de données que le CD. C'est le premier demi-échec de Nintendo (30 millions d'unités vendues, contre plus de 100 pour la PlayStation), malgré la présence de jeux mythiques (Super Mario 64, GoldenEye, Zelda Ocarina of Time, etc.). Au niveau des jeux, d'ailleurs, cette génération est marquée par la 3D. Ce n'est pas qu'un simple paradigme technologique, c'est une injonction de Sony, qui ne veut plus des jeux en pixels sur sa machine. Résultat : une partie du savoir-faire accumulé par les créateurs au cours des décennies précédentes est rendue caduque. Il faut tout réapprendre, et ce n'est pas simple. Les ratages sont nombreux, mais certains s'en sortent brillamment. C'est le cas du studio britannique Core Design qui, en novembre 1996, présente au public une nouvelle héroïne : Lara Croft. Tomb Raider est un succès immédiat et Lara devient une icône qui dépasse le cadre du jeu vidéo. Elle fera même la une de Libé en juillet 1997.

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