Poussons les portes du grenier de la diplomatie, ce bric-à-brac d’objets indésirés. C’est ici que les chefs d’Etat entassent tous les cadeaux de leurs homologues étrangers, et la caverne imaginaire laisserait baba les plus blasés. Quarante voleurs n’auraient pas assez de bras pour emporter les tableaux, sculptures, diamants, livres, bouteilles, vaisselles et autres chapkas en peau qui prennent la poussière à l’abri des regards. Le reste du lot est sûrement au zoo. De longue date, les dirigeants aiment s’offrir des animaux. A qui la faune ? Les dons de bêtes rares ont toujours eu un effet bœuf sur les hommes d’Etat. On leur apporte quatre pattes d’exotisme, un mammifère fidèle, un volatile précieux. Depuis 1973, la convention de Washington sur les espèces menacées a plus ou moins enterré la pratique. Subsistent alors les souvenirs de cadeaux diplomatiques aussi sauvages qu’étranges.
Premier cas d’école, la Chine, qui maîtrise le protocole velu depuis la dynastie Tang. La République populaire a fait de ses pandas des émissaires, chargés d’améliorer les relations extérieures. En 1972, Nixon serre la main de Mao et retourne en Amérique accompagné d’un duo de plantigrades. L’année suivante, c’est Pompidou qui se voit honoré de deux ursidés potelés. La coutume demeure jusqu’à ce que la population de pandas maigrisse dangereusement, obligeant le pouvoir chinois à changer de stratégie au mitan des années 80. Les animaux ne seront plus donnés, mais loués pour dix ans contre une petite fortune. Ajoutez 100 kilos de bambou par jour pour nourrir les douces mascottes. Au bout du compte, des ogres.
La France sait prendre soin de ses pandas. Après un lobbying intensif, marqué par la visite en Chine de Nathalie Kosciusko-Morizet, alors ministre de l’Ecologie, qui vécut un moment de grâce au côté d’un panda avachi, le gouvernement français a décroché deux nouveaux spécimens en janvier 2012.
Les VIP (very important pandas) ont débarqué à Roissy en grande pompe, avant d’être escortés jusqu’au zoo de Beauval (Loir-et-Cher). Le parc se pourléchait les babines. Les mangeurs de bambou ont une libido proche de zéro mais un pouvoir de séduction canon, à même de stimuler la billetterie et les ventes de peluches made in China. Effet boomerang du capitalisme rouge, retour à l’envoyeur. Mission accomplie.
A suivre : Zarafa la girafe, un éléphant pour Mitterrand, les bêtes sauvages de Poutine, des koalas au sommet du G20 et le chameau de Hollande




