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Mère Prise d'otages Circonstances atterrantes

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Sur le principe du jeu des 7 familles, les éditions Baleine ont proposé à 42 auteurs d'écrire une nouvelle. Nous en publions une par jour.
par Nila KAZAR
publié le 24 août 2000 à 3h40

La première fois, c'était Koka. Il avait des yeux bruns, je me souviens, et son poil était râpé. Il payait pas de mine, c'est vrai, avec son museau tout crade parce que ma grande soeur l'avait sucé tous les soirs pour s'endormir pendant des années, avant de me le refiler... Oui, excusez-moi, monsieur le Juge. Je sais que je dois pas raconter ma vie. Bref, moi non plus, jusqu'à 5 ans, j'arrivais pas à m'endormir sans Koka. Et vous savez ce qu'elle a fait, celle-là? Elle me l'a pris en disant: «Si t'arrêtes pas de pisser au lit, tu le verras plus, ton nounours. Je te le rendrai seulement quand tu seras propre, pigé? Sinon, je le jetterai aux éboueurs.» Mon Koka, à la poubelle! Lui qui était si doux, j'ai pas pu le supporter. Parce qu'elle l'a fait, monsieur le Juge, elle l'a fait... Et moi, j'ai pissé au lit jusqu'à 12 ans.

La deuxième fois, c'était Lili. Elle, elle était belle, toute blanche avec deux taches noires, une sous le menton et une sur... OK, OK, j'abrège. Lili, c'était ma chatte à moi. J'étais en CE2. Sa maman avait eu six chatons dans la cour de récré, et la maîtresse les avait distribués aux mauvais élèves, je sais pas pourquoi, peut-être pour compenser... Un jour, je rentre justement de l'école ­ enfin, pas vraiment, j'avais fait un tour en ville avec mes copains ­, et j'appelle Lili comme d'habitude. «Lili, Lili!», je crie. Pas de Lili. Je cherche sous le lit, dans l'armoire, je sors dans la rue, je crie: «Lili!» Les voisins me regardent et se marrent. Alors, j'