Strasbourg envoyé spécial
Ça se passe en soirée, un 8 juillet 1982. A Séville, les équipes de France et de RFA s'écharpent dans une demi-finale de Coupe du monde appelée à devenir légendaire : Schumacher sur Battiston, Marius Trésor aux avant-postes pour une reprise de volée mythique, Karl-Heinz Rummenigge dans le rôle du briseur d'illusions. Défaite de la France et «toutes les émotions d'une vie dans un seul match de foot», comme le résumera plus tard Michel Platini d'une formule restée célèbre.
A Strasbourg, au même moment, assis face au poste de télévision familial, Emmanuel Abela, enfant, voit ses parents jouer le match sur le canapé. «Mon père était à fond derrière l'équipe de France, alors que ma mère avait pris fait et cause pour l'Allemagne. C'était déjà tendu, mais, au moment de l'agression de Schumacher sur Battiston, c'est devenu la guerre. Je me souviens même que ma mère a applaudi le geste du gardien allemand», raconte celui qui est aujourd'hui rédacteur en chef d'Esprit Sport, un magazine bimensuel gratuit consacré à l'actualité du sport alsacien.
Séquelles irrémédiables. L'Alsace déchirée entre la France et l'Allemagne ? L'image peut bien paraître un brin caricaturale, mais le fait est là : longtemps, les départements du Haut et du Bas-Rhin ont préféré regarder de l'autre côté du fleuve plutôt que de s'intéresser aux pérégrinations des Bleus. A leur place, on aurait fait pareil. Il n'y a qu'à comparer. Entre ses deux demi-finales de Coupe du monde de 1958 et de 1