«Que valent les arguments de la majorité contre l'étude de l'OFCE ?» Question posée à Checknews par Tarik
Une étude «incomplète». C'est la réponse que la majorité a opposée à l'étude de l'OFCE qui aboutit à la conclusion qu'en raison des mesures votées dans le dernier budget, les 5% les plus aisés vont voir, en 2018, leur niveau de vie progresser de 1,6% (soit 1 730 euros par ménage) là où les plus modestes verront leur niveau de vie baisser de 0,6%, soit 60 euros par an et par ménage.
Un constat contesté, notamment par Team Macron, la «brigade numérique» de la majorité, qui relativise la portée de l'étude, taxée de «grandement incomplète». Le 16 janvier, le compte Twitter réagissait ainsi : «Elle ne prend pas en compte la revalorisation des prestations socialistes les plus modestes : hausse du complément familial, hausse de l'allocation de soutien familial, généralisation du chèque énergie.»
Pourquoi l'étude de l'OFCE est-elle grandement imparfaite (et avait déjà été contredite par l'étude du Trésor, plus complète) ? pic.twitter.com/xofINWIHDm
— Team Progressistes. (@TeamProgressist) January 16, 2018
L’argument d’une étude incomplète, et donc oublieuse des mesures favorables aux plus modestes, a aussi été utilisé par plusieurs ministres du gouvernement.
Le gouvernement accuse aussi l’étude d’être incomplète
Le même jour, Bruno Le Maire, interpellé par un député sur le résultat de l'étude de l'OFCE devant l'Assemblée nationale, répondait ainsi : «Monsieur le député, vous auriez également pu rappeler dans votre intervention que le gouvernement a décidé de revaloriser l'allocation aux adultes handicapés. Vous auriez pu rappeler qu'il a décidé d'augmenter exceptionnellement le revenu de solidarité active – RSA. Vous auriez pu rappeler qu'il a décidé de maintenir le crédit d'impôt pour les personnes les moins favorisées, afin que celles-ci puissent payer une aide à domicile. Vous auriez pu rappeler tous ces éléments qui, d'ailleurs, étrangement, ne figurent pas dans le rapport de l'OFCE.»
La veille, Julien Denormandie allait encore plus loin, indiquant lors de son passage à l'émission Quotidien que l'étude ne concernait que la réforme de l'ISF… à l'exclusion de toutes les autres mesures du gouvernement en faveur du pouvoir d'achat : «Ce qu'indique cette étude, c'est typiquement la réforme sur l'impôt sur la fortune. Cette étude dit : l'ISF va bénéficier aux plus riches, c'est une évidence.»
Des arguments (en partie) de mauvaise foi
L’impact des mesures sur le pouvoir d’achat s’expliquerait-il par le champ choisi par l’OFCE ? C’est en partie faux… voire tout à fait faux dans le cas des déclarations des deux ministres cités.
Commençons par les arguments de Team Macron. Le compte militant déplore par exemple que le chèque énergie ne soit pas pris en compte. C'est pourtant inexact. Il suffit de se référer à l'étude elle-même (voir le tableau ci-dessous). Le chèque énergie fait bien partie des 13 mesures (1) sur lesquelles s'appuie l'OFCE. En revanche, il est exact que les mesures citées, concernant la politique familiale, ne sont pas prises en compte dans l'étude de l'OFCE. Pierre Madec, un des auteurs de l'étude, l'explique ainsi : «L'impact budgétaire de ces mesures est faible.»
Si Team Macron n’est qu’à moitié de mauvaise foi. Les ministres l’ont été à 100%. Ainsi, les trois mesures dont Bruno Le Maire affirme qu’elles sont étrangement absentes de l’étude sont en réalité prises en compte dans cette dernière. Ce que Pierre Madec, l’un des auteurs, a immédiatement corrigé.
Il s’avère « qu’étrangement » toutes les mesures citées (RSA, AAH, crédit d’impôt), comme 10 autres d’ailleurs, sont bien prises en compte dans notre étude disponible pour rappel ici https://t.co/V2yxpWeyCt https://t.co/ahZgVOWtGi
— Pierre Madec (@p_madec) January 16, 2018
Même chose pour Julien Denormandie, qui relativise les conclusions de l’OFCE en suggérant qu’elles concernent seulement l’ISF, et qu’il est donc logique qu’elles profitent aux plus riches. Or l’ISF réformé n’est que l’une des treize mesures sur lesquelles se base l’OFCE.
(1) Chèque énergie, hausse de la prime d'activité, bascule CSG-cotisations sociales, instauration du PFU (prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital), hausse de la fiscalité écologique, élargissement du crédit d'impôt emplois à domicile, hausse de l'Allocation adulte handicapé (AAH), baisse de la taxe d'habitation, hausse du RSA, hausse de l'ASPA (minimum vieillesse), baisse des allocations logement, hausse de la fiscalité sur le tabac.




