Menu
Libération
CheckNews

Pourquoi les dentistes dans les pubs pour les dentifrices ne sont jamais basés en France?

Parce que le code de la santé publique et le code déontologique de la profession interdisent aux praticiens exerçant en France de faire de la publicité.

Publié le 12/10/2018 à 7h34

Question posée par Louis le 9 octobre 2018

Bonjour,

Vous faites référence à plusieurs publicités (pour des brosses à dents ou du dentifrice) mettant en scène des dentistes, dont il est précisé à chaque fois qu’ils sont basés à l’étranger.

C'est par exemple le cas pour la publicité d'Oral B. Il est précisé que le dentiste (qui recommande chaudement l'utilisation du dentifrice de la marque dans le spot) est basé à Londres.

Le dentiste en question, à en croire le site Internet de son cabinet, exerce effectivement à Londres.

Détail amusant, travaille dans ce même cabinet le docteur Noëlle Monlibert, qu'on retrouvait, elle, il y a quelques années pour une publicité d'une marque concurrente (Sensodyne), avec mention, là encore, du fait qu'elle est basée à Londres.

Ces mentions d'une activité exercée à l'étranger sont en fait systématiques, comme en témoigne par exemple cette publicité plus récente pour la même marque Sensodyne. Les dentistes interrogées (qui vantent l' «efficacité du produit» et les «bons retours des patients») sont basées en Suisse et – à nouveau — au Royaume-Uni.

La raison en est simple : «l'ordre des dentistes interdit un praticien exerçant en France de faire de la publicité. Un dentiste, s'il veut apparaître dans des spots, doit donc exercer à l'étranger, et ne pas être inscrit à l'ordre français», explique-t-on au sein du cabinet Larmoyer, basé à Londres.

L'article R4127-215 du code de la santé (qu'on retrouve dans le code de déontologie dentaire) précise en effet que «la profession dentaire ne doit pas être pratiquée comme un commerce».

L'article R4127‐225 précise lui que «le chirurgien‐dentiste doit éviter dans ses écrits, propos ou conférences toute atteinte à l'honneur de la profession ou de ses membres. Sont également interdites toute publicité, toute réclame personnelle ou intéressant un tiers ou une firme quelconque.»

À noter que le sujet avait été l'objet d'une brève controverse en 2013, suite à la décision par l'ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité) d'un assouplissement des règles relatives à la communication publicitaire des produits cosmétiques. Cette nouvelle recommandation rendait possible l'intervention directe d'un professionnel de santé dans la promotion d'un produit cosmétique ou d'hygiène. L'Ordre des dentistes avait vivement réagi, rappelant que cet assouplissement contrevenait au code de la santé. En témoigne ce communiqué publié en décembre 2013 et intitulé : «un praticien ne peut recommander un dentifrice».

Sauf s’il exerce à Londres, en Suisse, ou partout ailleurs à l’étranger, donc.

Cordialement

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique