Question posée par le 30/01/2019
Bonjour,
Vous nous interrogez sur un tweet (supprimé depuis) d’Emmanuel Foulon, porte-parole au parlement européen dans lequel il partage une vidéo qu’il situe au Venezuela. On y voit de jeunes hommes qui ont manifestement été obligés de se dénuder, se faire taper à coups de batte de baseball par des hommes munis de gilets pare-balles et de casques (sans signe distinctif).
La vidéo a été relayée par le chanteur espagnol Miguel Bosé dans une publication sur le réseau social (et partagée plus de 30 mille fois). La star y demandait à Michelle Bachelet, ancienne présidente chilienne et désormais Haut-Commissaire aux Nations unies des droits de l'homme d'intervenir pour mettre fin aux violences commises par «le régime de Maduro», avec comme preuve cette séquence.
Des pro-maduro dénoncent une fake news
Contacté par CheckNews, Emmanuel Foulon explique avoir supprimé son message car il n'a «jamais trouvé la source première ce qui est mauvais signe». Par ailleurs, sous la publication de Miguel Bosé des internautes remettent en cause l'authenticité de la vidéo. Certains affirment qu'elle a été tournée en République dominicaine, d'autres dénoncent une manipulation, car la vidéo a été tronquée. Le compte twitter @VuelvalaURSS partage une version plus longue de la vidéo dans laquelle on comprend que la scène se déroule dans un lieu ouvert, et que les jeunes ont pu partir en courant à la fin.
Contactés par CheckNews, les différents internautes qui avaient dénoncé une «fake news» (et qui ont répondu) n'ont pas apporté la preuve que la video ne provenait pas du Venezuela. Ils rapportaient en fait des propos qu'ils avaient lu sur les réseaux sociaux. D'après nos recherches, la vidéo est relayée sur Twitter à partir du 24 janvier- le lendemain de la prise de pouvoir autoproclamée de Juan Guaidó- par plusieurs comptes (plutôt contre le gouvernement) dont celui de Javier Hala Madrid, un youtubeur venezuelien basé aux Etats-Unis. À chaque fois, la légende fait référence au Venezuela et accuse l'auteur des violences d'être l'un des soutiens de Maduro.
«On ne sait pas où c'est, mais ce n'est pas la peine de le savoir pour comprendre que les sbires de la dictature sont sataniques. Clairement, le fonctionnaire lui dit "estabas guarimbeando". Ils enregistrent des vidéos pour que les autres aient peur, mais au contraire, les gens sont encore plus énervés», observe par exemple Javier Hala Madrid, dont le message a été partagé plus de 3 000 fois.
No sabemos donde fue, pero no hace falta saberlo para entender lo satanico que son los esbirros de la dictadura. Claramente el funcionario le dice “Estabas guarimbeando”. Ellos graban estos videos para que otros agarren miedo, pero al contrario, la gente sale con mas arrechera pic.twitter.com/S3DAwdsMtc
— Javierhalamadrid (@Javierito321) January 24, 2019
Le verbe «guarimbear» vient du nom «guarimba» qui désigne un action contre le gouvernement au Venezuela. En général, elles prennent la forme de barricades dans les rues.
On peut supposer que la personne qui frappe les jeunes hommes, les accuse donc d'être en train de protester dans la rue. L'emploi de ce terme, très spécifique au Venezuela, par le groupe d'agresseurs semble indiquer que la vidéo a bien été tournée là-bas. Impossible en revanche de la dater ou de trouver le lieu précis. Impossible aussi de connaître l'identité des agresseurs. Certains internautes suggèrent qu'il s'agit d'un groupe de «colectivo», des milices de civils qui soutiennent le gouvernement de Maduro et assure une fonction de maintien de l'ordre dans les quartiers, comme on peut le voir dans un reportage de France 2 de janvier 2018.
Cordialement




