Question posée par Luc Rodet le 15/05/2020
Bonjour,
Vous faites référence à une vidéo publiée par Mediapart le 6 mai dernier. Un «appel» du comédien Vincent Lindon présenté ainsi par le pure-player : «Une longue réflexion sur ce que la pandémie révèle du pays qui est le nôtre, la France, sixième puissance mondiale empêtrée dans le dénuement (sanitaire), puis le mensonge (gouvernemental) et désormais la colère (citoyenne).»
La réflexion en question a été depuis vue plus de cinq millions de fois sur le compte YouTube de Mediapart (et près de sept millions sur Facebook).
Votre question porte sur les premières secondes de cette vidéo, où Vincent Lindon lit un texte de dix-neuf minutes face caméra, et la retranscription qui en a été faite par le site d’information.
Dans la vidéo, le comédien s'interroge à haute voix, avec les mots suivants : «Comment ce pays si riche, la France, sixième économie du monde, a-t-il pu désosser ses hôpitaux jusqu'à devoir, pour éviter l'engorgement des services de réanimation, se résigner à cette seule solution moyenâgeuse, le confinement ? Nous qui, au début des années 2000 encore, pouvions nous enorgueillir d'avoir le meilleur système de santé du monde.»
La retranscription présentée par Mediapart sous la vidéo donne à lire sensiblement la même chose, même si quelques formulations diffèrent, notamment le rajout de la mention «certes utile» à propos du confinement jugé «moyenâgeux» par le comédien : «Comment ce pays si riche, la France, sixième économie du monde, a-t-il pu désosser ses hôpitaux jusqu'à devoir, pour éviter l'engorgement des services de réanimation, se résigner à se voir acculé à cette seule solution, utile certes, mais moyenâgeuse, le confinement ? Nous qui, au début des années 2000 encore, pouvions nous enorgueillir d'avoir le meilleur système de santé du monde.»
Votre question suggère que Mediapart a pu rajouter ces mots, pour atténuer la critique du comédien. Il n'en est rien, explique Fabrice Arfi, coresponsable des enquêtes à Mediapart et auteur de l'article en question : «Ce n'est pas une retranscription de Mediapart», explique-t-il à CheckNews. «Vincent Lindon, que je connais, m'a appelé mardi dernier pour me dire qu'il aimerait bien me lire un texte qu'il avait écrit. Je lui ai dit qu'on pouvait le publier. On a donc été tourner chez lui dans l'après-midi pour le filmer. Avant la mise en ligne de la vidéo, Vincent Lindon m'a envoyé son texte par mail – le même qu'il m'avait lu par téléphone – et j'ai fait un copier-coller. Sur les 19 000 signes de son texte, il est effectivement possible qu'il n'ait pas prononcé l'ensemble des mots lors de sa lecture. Mais Mediapart n'est intervenu d'aucune façon sur ce texte.»
On peut d'ailleurs observer d'autres différences, minimes, entre la version vidéo et sa retranscription. Ainsi, dans le même extrait qui nous intéresse, l'expression «se voir acculé» a également disparu à l'oral, alors qu'elle figurait dans la version écrite. Ce qui accrédite l'idée d'une volonté de Vincent Lindon de ne pas coller absolument au texte, davantage qu'un ajout de la part de Mediapart.
Pour anecdotique qu’elle puisse sembler, cette affaire de quelques mots manquants renvoie à deux types de critiques qui sont faites à propos de la stratégie du gouvernement depuis le début de la crise sanitaire. Une première critique, la plus radicale, conteste l’utilité en soi du confinement mis en place à partir du 17 mars, allant même jusqu’à la juger néfaste. Une seconde critique en reconnaît l’utilité, en dernier ressort, mais déplore que les autorités aient été incapables de trouver d’autres solutions, s’obligeant ainsi à mettre en place des solutions drastiques, coûteuses à de nombreux niveaux. C’est davantage cette deuxième critique que formule le comédien dans ce texte.
Cordialement
Ecoutez le podcast hebdo des coulisses de CheckNews.
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Le gouvernement avait prévu d’interdire les réunions privées de plus de dix personnes, après le déconfinement. Mais cette mesure ne figure finalement pas dans le décret publié le mardi 12 mai. Emma Donada cherche à comprendre ce qu’il s’est passé.




