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Combien de personnes ont été tuées durant l’offensive américaine au Venezuela ?

S’il n’existe encore aucun bilan officiel de l’opération ayant permis la capture de Nicolás Maduro le 3 janvier, des estimations ont déjà fuité, de même que des noms de victimes civiles et militaires.

A El Hatillo, en bordure de Caracas, après une frappe aérienne américaine ayant détruit une maison, le 4 janvier 2026. (Maxwell Briceno/REUTERS)
Publié le 05/01/2026 à 17h34

Ce lundi 5 janvier, alors que Nicolás Maduro comparaît devant un tribunal aux Etats-Unis, de nombreuses zones d’ombre demeurent quant à l’opération ayant permis aux Américains de capturer puis d’incarcérer le président vénézuélien. Parmi les points qui restent flous : le bilan humain. Combien de personnes ont-elles péri au cours de cette attaque ? Les autorités du Venezuela se refusent pour l’instant à fournir un décompte officiel, tandis que des informations partielles émanent d’organisations locales, de sources américaines ou encore du gouvernement cubain, allié de Caracas.

«32 Cubains ont perdu la vie»

De fait, Cuba a indiqué dimanche que 32 de ses compatriotes ont été tués lors de l’opération menée par les forces américaines. «En raison de l’attaque criminelle perpétrée par le gouvernement des Etats-Unis contre la République bolivarienne du Venezuela, […] 32 Cubains ont perdu la vie au cours des combats», a annoncé le gouvernement dans un communiqué lu à la télévision nationale. Une déclaration qui rejoint les propos tenus plus tôt par le président américain, Donald Trump, à bord de son avion Air Force One : «Beaucoup de Cubains ont été tués [samedi].»

Dans le communiqué officiel cubain, il est précisé que les victimes étaient toutes militaires, membres des Forces armées révolutionnaires ou du ministère de l’Intérieur du pays, en mission à la demande du Venezuela. Ces soldats, poursuit le communiqué, «ont accompli leur devoir avec dignité et héroïsme et sont tombés, après une résistance acharnée, au combat direct contre les assaillants ou à la suite des bombardements». Le président cubain, Miguel Díaz-Canel, a par conséquent décrété deux jours de deuil national.

Sur X, celui-ci écrit que ces combattants cubains «aidaient à protéger la vie» du Président et de la première dame du Venezuela, «à la demande de cette nation sœur». Depuis la fin des années 90, Cuba et le Venezuela ont construit une solide alliance. En échange de pétrole, des milliers de Cubains ont été envoyés dans l’Etat, parmi lesquels des agents des services de renseignement, ainsi que des gardes du corps, dont certains ont été chargés par Nicolás Maduro d’assurer sa sécurité personnelle.

Au moins 15 dépouilles de soldats vénézuéliens «pleurées»

A l’occasion d’une conférence de presse tenue samedi depuis sa résidence de Mar-a-Lago, Donald Trump a souligné qu’aucun soldat américain n’est mort dans l’opération. Une information confirmée au New York Times par deux responsables américains s’exprimant sous couvert d’anonymat, qui ont néanmoins ajouté qu’une poignée de militaires américains ont été blessés.

Donald Trump a en outre déclaré, lors de ses échanges avec des journalistes à bord du Air Force One, qu’il y avait «malheureusement beaucoup de morts dans l’autre camp». Mais le Venezuela n’a, depuis samedi, diffusé aucun chiffrage officiel des morts et blessés. Ainsi, la seule esquisse de bilan humain reste celle fournie au New York Times par «un haut responsable vénézuélien» qui, s’exprimant anonymement, aurait admis qu’au moins 80 personnes avaient été tuées, incluant à la fois des militaires et des civils.

L’Agence France-Presse, qui explique avoir «demandé à trois reprises au gouvernement les chiffres» des victimes, a vu toutes ses requêtes rester sans réponse. De même, BBC Mundo (l’antenne hispanophone du groupe audiovisuel britannique) rapporte avoir tenté, sans succès, «d’obtenir des informations auprès du bureau du procureur et d’autres organismes gouvernementaux».

Seule «une source militaire» a fini par concéder à l’AFP qu’au moins 15 tués seraient à déplorer dans les rangs de l’armée vénézuélienne. Une source anonyme – qui peut être la même – a également confié à la chaîne de télévision colombienne NTN24 que «les dépouilles de 15 soldats sont actuellement pleurées, mais que le nombre réel est plus élevé».

Deux victimes civiles connues

Dans une vidéo partagée samedi sur les réseaux sociaux, le ministre vénézuélien de la Défense, Vladimir Padrino López, a décrit l’offensive des Etats-Unis comme «une agression directe contre la population vénézuélienne», et affirmé que «des zones résidentielles» avaient été visées. Ces propos suggèrent que des civils se trouveraient parmi les victimes, mais le ministre n’a avancé aucun chiffre en ce sens. Dimanche, Padrino López s’est de nouveau exprimé dans une allocution retransmise par les chaînes de télévision et de radio nationales, où il a notamment déploré «qu’une grande partie» de l’équipe de sécurité de Nicolás Maduro, composée «de soldats et de citoyens innocents», ait «été assassinée de sang-froid».

En parallèle, Monitor de Víctimas, observatoire indépendant qui combine investigations journalistiques et contributions citoyennes pour recenser les victimes du régime vénézuélien, a publié une liste comprenant les noms de 18 militaires présentés comme «victimes des bombardements». D’après l’observatoire, «la plupart des morts, [soit 15 personnes], appartenaient au sixième bataillon de sécurité présidentielle», chargé de protéger Nicolás Maduro. Et il s’agissait principalement «de jeunes gens» dont certains «n’avaient même pas encore obtenu leur diplôme de l’Académie militaire».

Se référant aux «rapports non officiels des forces de sécurité du pays», Monitor de Víctimas dénombre «six autres morts dans plusieurs des bâtiments bombardés», ainsi qu’une victime civile, portant à 25 le nombre de «personnes qui ont trouvé la mort lors des attaques militaires américaines sur Caracas». La victime civile serait une habitante de la commune d’El Hatillo, en bordure de la capitale vénézuélienne. Sa famille rapporte qu’elle a été atteinte par un missile alors qu’elle fuyait les frappes avec sa fille.

Dans son décompte, Monitor de Víctimas omet d’inclure une deuxième victime civile connue. En effet, la mort d’une autre femme a été signalée à Catia La Mar, à proximité directe de l’aéroport de Caracas. Selon sa famille, l’octogénaire aurait été tuée dans une frappe ayant touché un immeuble de trois étages.

«Hôpitaux militaires saturés»

Du côté des hôpitaux, consigne a visiblement été passée de ne donner aucun chiffre. L’AFP révèle qu’elle «s’est rendue dans sept centres médicaux de Caracas sans pouvoir y entrer ni accéder aux données». Un fonctionnaire à l’hôpital militaire Carlos Arvelo a fait savoir à l’AFP que les hôpitaux ont reçu «ordre de ne pas fournir d’informations», car elles «relèvent de la sécurité militaire».

Une organisation regroupant des médecins vénézuéliens, la Red de Médicos en Venezuela, avait diffusé samedi un premier bilan des victimes admises dans les hôpitaux de Caracas et alentours. D’après leurs informations, plus de 90 militaires blessés avaient alors été admis dans trois établissements, dont 60 à l’hôpital Carlos Arvelo. L’organisation faisait aussi état de «plusieurs morts non encore recensés».

Depuis, deux soldats et un civil ont été pris en charge dans un quatrième hôpital, le Pérez Carreño. Son directeur a confié à l’AFP que ces blessés ont dû être amenés dans son établissement car «les hôpitaux militaires étaient saturés».

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