Depuis la publication sur les réseaux sociaux du témoignage d’une femme russe qui assure qu’elle n’a pas pu acheter un sac à main Chanel dans une boutique à Dubaï en raison de sa nationalité, d’autres riches concitoyennes, suivies par des milliers d’abonnés, partagent des vidéos pour protester contre cette «discrimination». On peut les voir s’en prendre à la marque de luxe française en découpant leurs sacs à main.
Mais depuis mercredi, une autre vidéo est partagée par certaines de ces influenceuses, comme Victoria Bonya, suivie par plus de 9 millions de personnes. Elle partage une vidéo estampillée du logo du «Figaro Live», le format vidéo du Figaro. Dans ce qui semble être un reportage produit par le quotidien français, plusieurs bandeaux de texte rapportent que «des autocollants à l’effigie de Hitler sont apparus dimanche sur tous les bâtiments abritant les bureaux et les boutiques de Chanel à Paris. Au lieu d’un visage, le leader nazi a le logo de Chanel. Il s’agit probablement d’une allusion au récent scandale impliquant des clients russes de Chanel. Chanel a récemment refusé de vendre des vêtements aux femmes russes dans ses boutiques de Dubaï et de Paris en raison des sanctions. Des fonctionnaires et des journalistes russes ont qualifié le refus de vendre des vêtements en fonction de l’origine ethnique de manifestation de xénophobie. Entre 1942 et 1943, Chanel a été la maîtresse de l’espion allemand Gunther von Dinklage. En 2015, on a découvert des archives d’où il ressort que Chanel était une informatrice pour les nazis».
Les photographies montrant les autocollants formant le visage de Hitler avec le logo de la marque apparaissent également dans ce tweet d’un journaliste moscovite, qui évoque les mêmes motivations. Le passé nazi de Coco Chanel a fait l’objet de nombreux articles de presse en raison de sa liaison amoureuse avec un diplomate nazi durant la Seconde Guerre mondiale.
Chanel’s Paris stores have been tagged with stickers of Hitler’s image and the brand’s logo.
— Danny Armstrong (@DannyWArmstrong) April 7, 2022
Chanel recently refused to sell to Russians in Dubai unless they signed waivers to not take items to Russia
Stickers are a nod to Coco Chanel’s alleged Nazi collaboration during WWII pic.twitter.com/i6M4hsb9Cq
Sur Twitter, le Figaro a démenti être à l’origine de la vidéo partagée par l’influenceuse russe et dénonce «une publication fallacieuse, conçue avec des photomontages, qui détourne outrageusement notre charte graphique».
Vous avez raison, @Le_Figaro n'a jamais publié cette vidéo. C'est une publication fallacieuse, conçue avec des photomontages, qui détourne outrageusement notre charte graphique. Le Figaro dénonce vigoureusement ce procédé. https://t.co/fBjqjedF42
— Le Figaro (@Le_Figaro) April 7, 2022
Contactée par CheckNews, la marque de luxe Chanel affirme également que les images montrant les façades de ses boutiques recouvertes d’autocollants «sont issues de photomontages» et que les «boutiques n’ont pas été taguées. Il s’agit clairement d’une fake news. Nous dénonçons fermement cette imagerie scandaleuse véhiculée sur les réseaux sociaux et qui par ailleurs usurpe l’identité d’un média [le Figaro, ndlr]». CheckNews a contacté les employés de deux enseignes voisines de Chanel qui affirment également n’avoir vu aucun graffiti.
La marque avait auparavant justifié l’interdiction de vendre ses produits à des clientes russes, qui pourraient se rendre dans leur pays d’origine, en expliquant que «les lois les plus récentes de l’UE et de la Suisse en matière de sanctions comprennent une interdiction de “vendre, fournir, transférer ou exporter, directement ou indirectement, des produits de luxe à toute personne physique ou morale, entité ou organisme en Russie ou pour une utilisation en Russie”. Nous avons déployé un processus pour demander aux clients dont nous ne connaissons pas la résidence principale de confirmer que les articles qu’ils achètent ne seront pas utilisés en Russie».




