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Iran : que nous apprennent les images de la morgue de Kahrizak ?

Si les informations en provenance de la république islamique se font de plus en plus rares, des vidéos d’une morgue submergée par des corps de victimes, diffusées dès samedi 10 janvier, laissent entrevoir la réponse sanglante du régime.

Images issues des vidéos de la morgue de Kahrizak circulant depuis samedi 10 janvier. (Bakr ALkasem/UGC. AFP)
Publié le 12/01/2026 à 19h26

Malgré le blocage d’Internet en Iran, les manifestants opposés au régime autoritaire chiite parviennent à transmettre sur les réseaux sociaux quelques images des protestations à travers le pays, mais aussi de la violence qui s’abat sur eux. Si parmi ces vidéos se glissent parfois des séquences sorties de leurs contextes (prises en Grèce ou en Syrie), un travail d’authentification réalisé par des journalistes, des experts en géolocalisation et des bénévoles permet d’avoir un aperçu de l’ampleur de la révolte à travers le pays. Et de sa répression sanglante.

Des vidéos, qui ont circulé à partir du samedi 10 et dimanche 11 janvier sur le réseau social X, montrent plusieurs dizaines de corps placés dans des sacs mortuaires noirs, entassés à l’intérieur et à l’extérieur d’un entrepôt. Selon leurs descriptions, il s’agit des victimes de la répression de la contestation du jeudi 8 janvier dans la capitale iranienne.

D’après nos vérifications et le travail de géolocalisation du site Geoconfirmed, l’extérieur des bâtiments correspond au Centre laboratoire et de diagnostic médico-légal de la province de Téhéran, situé à Kahrizak, au sud de la capitale. L’intérieur d’un entrepôt, visible sur certaines vidéos, a été géolocalisé sur X par Mitchell Ulrich, expert américain en recherche en sources ouvertes. Il le situe dans l’enceinte du centre médico-légal.

Cette compilation de vidéos commence par une séquence d’une minute, montrant une télévision sur laquelle sont diffusés des aperçus des photographies de personnes décédées. Pour chaque fichier apparaît un nouveau visage, parfois accompagné de ce qui semble être des documents d’identité. Sur l’écran, on peut lire qu’au moins 250 images ont été prises, et pour lesquelles est associée la date du 9 janvier 2026. Certaines personnes prennent des photographies de la télévision diffusant les profils des victimes.

Elle est suivie de plusieurs autres vidéos, montrant des corps gisant à l’extérieur des bâtiments du centre médico-légal. De 1′01″ à 2′27”, l’auteur des images marche au milieu d’une foule importante. Au milieu des cris de désespoir, des sacs mortuaires en plastique qu’entourent des proches des victimes. CheckNews dénombre près d’une soixantaine de défunts sur cette seule séquence de quatre-vingt-six secondes. On ignore la date exacte d’enregistrement.

Sur les autres plans, on trouve de nombreux sacs mortuaires le long d’autres bâtiments et à l’intérieur d’une petite salle. Une femme semble s’évanouir sur ces images.

Selon nos estimations, la vidéo montre, au total, plus d’une centaine de corps à l’extérieur du centre médico-légal et dans cette petite salle. La scène se termine au moment où un camion décharge de nouveaux cadavres auprès de familles de victimes cherchant leurs proches.

Poursuite de la mobilisation

D’autres vidéos tournées à l’intérieur d’un grand entrepôt montrent des dizaines de corps étendus sur le sol ou disposés sur des brancards. Des personnes se tiennent à proximité des cadavres. Leurs visages sont parfois floutés. Sur une de ces vidéos, on entend les sanglots d’une femme.

Selon nos estimations, plus d’une cinquantaine de morts sont visibles sur les images tournées à l’intérieur de cet entrepôt.

Sur ces deux compilations, CheckNews dénombre donc au moins 150 corps.

Depuis la diffusion de ces vidéos, de moins en moins d’images nous arrivent du pays, sans doute à cause des restrictions des communications mais aussi de la répression sanglante. Sur le site Geoconfirmed, on trouve néanmoins deux vidéos authentifiées, qui attestent de la poursuite de la mobilisation, dimanche soir, sur la place Pounak à Téhéran et dans le quartier de Banafsheh à Karaj, à l’ouest de la capitale.

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