Invitée sur France Inter, Marine Le Pen a reproché au président de la République, Emmanuel Macron, d’appeler à lui faire barrage en s’associant avec La France Insoumise (LFI), qu’elle accuse d’être proche du fondamentalisme islamique. «Quand j’entends Monsieur Guiraud, de La France Insoumise, nous dire que le voilement des fillettes est parfaitement légitime parce que ce sont des “petites femmes”, mais je trouve ça épouvantable», a dénoncé la députée RN, élue au premier tour dans le Pas-de-Calais. Ajoutant que «ce sont pour ces gens-là qu’Emmanuel Macron appelle les électeurs à se déplacer aux urnes. Ce sont ces gens-là qu’Emmanuel Macron veut faire élire demain massivement contre les candidats du Rassemblement national».
Il y a une poussée du fondamentalisme islamiste dans notre pays, et qui est un danger majeur pour nos libertés.
— Marine Le Pen (@MLP_officiel) July 2, 2024
Je trouve épouvantable qu'Emmanuel Macron appelle à voter pour des gens comme David Guiraud de la France insoumise qui trouve légitime le voilement des fillettes. pic.twitter.com/3f8dBKjGKe
La déclaration de Marine Le Pen fait référence à une intervention télévisée de David Guiraud, datant du 16 janvier 2021 sur LCI. Il avait lui-même partagé son intervention sur son compte X (anciennement Twitter).
«Cette question ne cible que les musulmans»
A l’époque, les députés planchent sur le projet de loi séparatisme porté par la ministre déléguée Marlène Schiappa. Contre l’avis du gouvernement, Aurore Bergé, alors simple députée LREM, dépose un amendement «afin d’interdire que les petites filles soient obligées dès leur plus jeune âge de porter le voile», selon son expression dans un communiqué.
😤 J'ai un profond mépris pour les gens comme Aurore Bergé, qui fondent leur existence politique sur la détestation des autres
— David Guiraud (@GuiraudInd) January 16, 2021
Elle qui est partie en pleurant, quand elle a appris qu'elle n'était pas Ministre au dernier remaniement, s'en prend aux musulmans juste pour exister.. pic.twitter.com/gqfKwIkh08
D’après le Parisien, les amendements proposaient d’interdire «le port de tout signe religieux ostensible par les mineurs dans l’espace public» et «le port de tout habit ou vêtement qui signifierait pour les mineurs l’infériorisation de la femme sur l’homme». Soutenus à l’époque par Marine Le Pen, ils ont finalement été déclarés irrecevables.
Interrogé sur cette proposition sur le plateau de LCI, David Guiraud alors porte-parole de LFI, avait déploré «des arguments très fallacieux» de la part de la députée LREM. «Si la question c’est de dire qu’en gros les enfants doivent être consentants lorsqu’il y a des actes religieux, elle va faire quoi ? Elle va interdire le baptême ? Est-ce qu’un enfant mineur, il est vraiment consentant ? Elle va interdire la circoncision ? Cette question-là, elle ne cible que les musulmans… Elle dit qu’on va interdire le voile. Mais c’est un problème marginal en France.»
En plateau, Prisca Thévenot, alors porte-parole de LREM, estime que l’amendement (que son parti ne soutient pas) ne vise pas spécifiquement que les petites filles musulmanes. Le texte s’appliquerait à «l’ensemble des signes religieux concernant les enfants» selon elle. David Guiraud l’interrompt et prononce les mots qui lui sont aujourd’hui reprochés : «Non, concernant les petites femmes.» Ce que dément Prisca Thévenot, assurant que «non, il y a aussi la kippa qui est dedans, lisez l’amendement». «On va interdire la kippa dans la rue maintenant ? Ça n’a aucun sens», s’étonne le porte-parole insoumis.
Un «écart de langage» selon Guiraud
Depuis la diffusion de cette émission, l’extrait est souvent partagé sur les réseaux sociaux par des comptes soutenant l’extrême droite ou hostiles à La France insoumise.
Je voulais évidemment dire « petite fille » et pas petite femme, il faut être d’une mauvaise foi détestable pour penser que c’est autre chose qu’un écart de langage. cette vidéo date de plusieurs mois, des gens me traitent de pédophile sous vos com, vous cautionnez ces horreurs ?
— David Guiraud (@GuiraudInd) September 25, 2021
En septembre 2021, lorsque la journaliste de l’Opinion Emmanuelle Ducros avait fait ressurgir la séquence sur Twitter, en reprochant à l’insoumis de sexualiser les fillettes voilées, David Guiraud lui a répondu : «Je voulais évidemment dire “petite fille” et pas petite femme, il faut être d’une mauvaise foi détestable pour penser que c’est autre chose qu’un écart de langage.» Selon cette explication, l’insoumis a donc simplement voulu préciser que l’amendement d’Aurore Bergé visait spécifiquement les filles musulmanes voilées et non tous les enfants.
Contacté par CheckNews, David Guiraud indique que cet extrait est devenu «un classique de l’extrême droite» contre lui et continue de défendre qu’il s’est mal exprimé. Sur la question du voilement des petites filles musulmanes, il assure qu’il n’a «jamais défendu ça» et donc qu’il est «totalement faux» de dire, comme le fait Marine Le Pen, qu’il trouve cette pratique parfaitement légitime. Il considère que «ce n’est pas un sujet» car «ce phénomène n’existe quasiment pas».




