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Le résultat du dépistage de la dermatose nodulaire chez les bovins peut-il varier «selon l’endroit où vous prélevez le sang», comme l’a dit Annie Genevard ?

Des propos de la ministre de l’Agriculture sur la DNC ont provoqué des moqueries de la part de ses détracteurs. Les vétérinaires contactés par «CheckNews» évoquent une maladresse mais rappellent qu’une prise de sang seule ne permet pas de poser un diagnostic.

La ministre française de l'Agriculture, Annie Genevard, à Gambais, dans les Yvelines, le 19 décembre 2025. (Charlotte Siemon/AFP)
Publié le 02/01/2026 à 9h43

Question posée par Yves le 30 décembre.

Depuis la mi-décembre, une déclaration de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, circule dans des groupes Facebook opposés aux mesures de dépeuplement des troupeaux touchés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Dans cet extrait, tiré d’une interview diffusée le 12 décembre sur CNews, la ministre affirme qu’«une bête peut être malade, sans que ça ne se voie. On pourrait penser qu’un dépistage serait la solution. Or les bovins sont de gros animaux. Selon l’endroit où vous prélevez le sang, le virus peut être présent ou pas».

Cette phrase a été qualifiée de «lunaire» et d’«absurdité scientifique totale» par le groupe Facebook des Bonnets rouges. «Pensez-y lors de votre prochaine prise de sang : changez de bras, votre cholestérol aura peut-être disparu», ironise le collectif de protestation breton, tout en soulignant que «ces propos ne viennent pas d’un chroniqueur de comptoir, mais bien de la ministre de l’Agriculture, qui détient aujourd’hui un droit de vie ou de mort sur les bovins français et sur des milliers d’exploitations».

Les propos d’Annie Genevard sont-ils fondés ? Contactée par CheckNews, Jeanne Brugère-Picoux, vétérinaire et professeure honoraire à l’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort (ENVA), estime que la ministre a cherché à décrire une difficulté bien réelle, mais l’a exprimée de manière maladroite et «pas tout à fait scientifique». «Elle a voulu surtout dire, j’en suis persuadée, que quand on fait une prise de sang, on n’a pas la possibilité d’être sûr à 100 % que l’animal est en incubation parce qu’on n’a pas de méthode fiable», indique la vétérinaire.

La dermatose nodulaire se caractérise par l’existence d’animaux infectés mais encore asymptomatiques. Dans ce contexte, la prise de sang «ne permet pas de faire un diagnostic à coup sûr», explique Jeanne Brugère-Picoux, qui rappelle que la maladie est détectée grâce à un test PCR sur la lésion cutanée. Chercher le virus dans le sang supposerait de recourir à des techniques longues et peu adaptées à une gestion de crise sanitaire : «Si on veut le chercher dans le sang, il faut faire une séroneutralisation… C’est extrêmement lourd, ce n’est pas une méthode de diagnostic fiable.»

Sur la phrase prononcée par la ministre, Jeanne Brugère-Picoux est catégorique : «Ce n’est pas selon l’endroit où on prélève le sang, c’est selon le moment où on prélève du sang plutôt.» Le virus peut être déjà présent dans le corps de l’animal sans qu’il ne soit encore détectable dans le sang. «On peut avoir des animaux en incubation sans pouvoir démontrer qu’il y a une [présence du virus dans le sang]», explique la vétérinaire, qui conclut qu’«une prise de sang seule ne permet pas de faire un diagnostic».

David Quint, vétérinaire et président du Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral (SNVEL), partage cette analyse. Selon lui, la ministre de l’Agriculture «s’est mal exprimée», mais a cherché à décrire une limite bien connue du diagnostic. «Aujourd’hui, on n’est pas capable, avec une simple prise de sang chez les bovins, de détecter de façon fiable des animaux asymptomatiques mais contaminés», explique-t-il. Le principe de ces analyses repose sur la détection de fragments viraux dans le sang : «S’ils sont présents, le test est positif. Mais chez les animaux asymptomatiques, le virus est très peu présent dans le sang. On peut donc obtenir un résultat négatif alors que l’animal est pourtant porteur.»

Le vétérinaire précise en revanche que, contrairement à ce qu’a laissé entendre la ministre, le site de prélèvement n’est pas en cause dans le cas de la dermatose nodulaire contagieuse. «Certains paramètres biochimiques peuvent varier selon que le sang est prélevé dans la veine jugulaire ou caudale», où sont habituellement effectuées les prises de sang chez les bovins, «notamment à cause du passage par le foie. Mais pour la DNC, ce n’est pas le cas : le sang n’est tout simplement pas le bon prélèvement pour détecter le virus», conclut-il.

Contacté par CheckNews, le cabinet de la ministre de l’Agriculture n’a pas encore répondu à notre sollicitation.

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