A la suite de la mort de Quentin Deranque, jeune militant d’extrême droite décédé le 14 février 2026 à Lyon après une violente agression deux jours plus tôt, des internautes d’extrême droite se sont improvisé enquêteur pour tenter de retrouver les protagonistes de l’attaque. Et à partir des quelques images floues des violences, ont publié des listes nominatives de suspects, assortis de leurs informations personnelles. Problème : au moins l’un de ces noms – Blandine Bardinet – est celui d’une ex-militante de la Jeune Garde (organisation dissoute) qui n’était pas en France au moment des faits.
Les accusations sont venues notamment de Damien Rieu, médiatique influenceur d’extrême droite et ancien porte-parole de Génération identitaire, groupe dissous en 2021. Après avoir passé une partie de son dimanche à analyser les vidéos des violences du jeudi 12 février, et des images d’archives de la Jeune Garde, groupe antifasciste accusé d’être lié à l’attaque contre Quentin, il croit reconnaître Blandine Bardinet, qu’il accuse nommément. «Blandine Bardinet, tu étais où jeudi soir ?» interroge-t-il, dans un message posté sur X, supprimé depuis. Il est alors l’un des premiers à accuser la jeune femme.
En Amérique du Sud depuis jeudi
Où était-elle jeudi soir ? En Amérique du Sud. CheckNews a pu échanger avec la mise en cause et recueillir des éléments qui prouvent sa version des faits, confirmant une information publiée par le Monde. Elle a pris un avion la veille, le mercredi 11 février, en début de soirée, pour arriver à destination le jeudi en fin de matinée, selon ses billets d’avion que nous avons pu consulter. Idem pour son visa, tamponné par les autorités locales à son arrivée le 12 février au matin. Si Blandine Bardinet a effectivement été militante au sein de la Jeune Garde, elle n’était donc pas à Lyon ce soir-là.
Son nom a pourtant circulé pendant près de deux jours. Le lundi 16 février à 7 heures du matin, Jean-Eudes Gannat, ancien leader du groupe identitaire l’Alvarium, dissous en 2021, et candidat aux élections municipales à Segré-en-Anjou Bleu, reprend l’accusation. «Il est 6 h 52 et Blandine Bardinet, identifiée sur Internet […] n’a toujours pas été interrogée», tweete-t-il, dans un message également supprimé. L’accusation est reprise par le trumpiste Nicolas Conquer et d’innombrables autres internautes d’extrême droite, qui affirment également rassembler des informations personnelles contre Blandine et sa famille. «Ils ont publié son nom, le mien, celui de ma femme», détaille son père, Quentin Bardinet, ciblé par certains messages, y compris des menaces mentionnant son adresse. Employé par la métropole de Lyon, il a été accusé de jouer de ses relations pour protéger sa fille.
Une accusation relayée par Nemesis sur Europe 1
Les militantes du collectif identitaire Nemesis ont aussi participé à la vindicte. Lundi 16 février sur Instagram, «Mathilda», porte-parole du groupe, s’interroge sur l’absence d’interpellations à ce stade. «Je ne sais pas, c’est peut-être parce qu’une des jeunes femmes qui seraient reconnues sur les vidéos serait Blandine Bardinet, qui n’est nulle autre que la fille d’un employé à la métropole de Lyon», accuse-t-elle d’un ton complotiste.
Le même jour, la présidente de Nemesis, Alice Cordier, mène la même accusation, mais cette fois au micro de Pascal Praud, sur Europe 1. Peu avant 17 heures sur son antenne, elle déclare, avec de fausses précautions : «Je vais parler avec prudence puisque pour l’instant l’enquête est en cours, mais nous, nous avons identifié une jeune femme […], il s’agirait de Blandine Bardinet.» Immédiatement, Pascal Praud lui coupe la parole : «Ne citons pas de nom, Alice. […] Il n’est pas utile de citer des noms à l’antenne puisque les enquêtes sont en cours.» «Et dont les parents auraient des postes à responsabilité au sein de bonnes institutions», termine Alice Cordier.
Une plainte pour diffamation déposée
Auprès de CheckNews, Blandine Bardinet explique être «en colère qu’on puisse divulguer autant d’informations précises sur une personne en sachant pertinemment quelles en sont les conséquences. Ma grand-mère a été appelée, ma petite sœur a été appelée, ma mère a été appelée, leur adresse est menacée à Lyon, ça prend des proportions énormes. Je crains pour la sécurité de ma famille.»
Avec son avocat Raphaël Kempf, elle a annoncé déposer plainte pour diffamation «en raison des mensonges colportés à son endroit». Une plainte visant Damien Rieu, Jean-Eudes Gannat, mais aussi l’influenceuse d’extrême droite Mila Orriols, le militant néofasciste Raphaël Ayma et la section lyonnaise du syndicat étudiant UNI, qui avaient aussi accusé Blandine Bardinet d’être liée au meurtre de Quentin. «Des plaintes seront déposées contre les personnes qui continueraient à relayer ces mensonges, et elles devront s’en expliquer en justice», ajoute le communiqué de son avocat. Ce mardi 17 février, en début d’après-midi, Mila Orriols retweetait encore un message complotiste à propos de Blandine : «Donc, on a Blandine avec sa veste verte sur toutes les photos de la Jeune Garde […] et on veut nous faire croire qu’elle a pris l’avion la veille ?»




