Question posée par Hélène, le 30 mai 2021
Bonjour,
Vous nous avez envoyé cette vidéo montrant des personnes manifester de façon quasi militaire en se déployant par rangs espacés, tenant des drapeaux en arabe, des pancartes en allemand et scandant des slogans dans les deux langues.
#Hambourg Je ne peux pas croire qu’il puisse se passer des choses pareilles chez nos voisins allemands sans qu’aucun média 🇫🇷 en parle. @franceinfo @CheckNewsfr @lemondefr etc..., vous confirmez ? https://t.co/DANOqhAg51
— Hélène Franco (@LnFranco71) May 30, 2021
«Israël tueur d’enfants»
Ces images ont été tournées lors d’une manifestation propalestinienne, qui avait lieu vendredi à quelques centaines de mètres de la gare principale de Hambourg, sur l’avenue du Steindamm. L’évènement était organisé par l’association hambourgeoise Muslim Interaktiv, dont on retrouve le logo sur les drapeaux blancs, les vêtements et même les masques chirurgicaux des manifestants, très bien organisés. Le journal local Hamburger Morgenpost note dans un article que «selon la police hambourgeoise, environ 200 personnes ont manifesté pacifiquement et sans incident».
Sur les différentes vidéos de la manifestation, que CheckNews a pu consulter, les manifestants, munis de cercueils représentants les victimes palestiniennes des bombardements israéliens, scandent distinctement en allemand les slogans suivants : «Israël tueur d’enfants», «Israël criminel de guerre», «A bas l’occupant», «Hors, hors, hors de Palestine», «Israël est le terroriste», «Hors [de la mosquée] al-Aqsa, et pour toujours», «De la oumma [le nom arabe donné à la communauté musulmane, ndlr], pour la oumma». Les pancartes en allemand portent les inscriptions : «Arrêtez l’expulsion et le vol des terres», «La oumma n’est pas morte, elle est en pleine vie» et «Non à l’occupation, non à la haine médiatique».
" Israel ist der #terrorist " #MuslimInteraktiv setzt Zeichen in Hamburg!#FreePalestine #MasjidAlAqsa #yenidenhilafet pic.twitter.com/EoG0V0lbOj
— Abu-Dilek (@AbuDilek) May 28, 2021
#MuslimInteraktiv setzt Zeichen in #Hamburg !
— Abu-Dilek (@AbuDilek) May 28, 2021
Möge Allah euch Belehonen....@hakijaavdic #Palestina #masjidilaqsa #OneUmmah #MASJID pic.twitter.com/uLVov30zdO
Des organisateurs proches d’une association interdite en 2003
Muslim Interaktiv, apparue en janvier 2020 sur les réseaux sociaux, se présente comme une «association de musulmans qui se sont fixés pour objectif de présenter l’islam comme un mode de vie complet aux musulmans vivant en Allemagne et de les encourager à pratiquer l’islam dans tous les domaines de la vie».
Les autorités allemandes sont d’un tout autre avis, puisque dans un communiqué de décembre, l’office hambourgeois de protection de la Constitution a alerté sur la proximité de la centaine de membres actifs de Muslim Interaktiv avec Hizb ut-Tahrir, «une organisation islamiste active au niveau transnational, issue des Frères musulmans». En 2003, le ministère de l’Intérieur allemand a décidé d’interdire d’activité Hizb ut-Tahrir, car elle «est opposée à l’idée d’entente internationale et prône le recours à la violence comme moyen d’atteindre des objectifs politiques. Entre autres choses, elle diffuse une propagande haineuse antisémite et appelle au meurtre des Juifs». Selon l’office hambourgeois de protection de la Constitution, «l’objectif de l’Hizb ut-Tahrir est “l’unification de l’oumma” mondiale dans un Etat théocratique, à légitimation exclusivement divine, sans frontières nationales, sous la direction d’un calife».
La jeune association Muslim Interaktiv s’est fait connaître grâce à des manifestations à la mise en scène calculée pour les réseaux sociaux, comme leur action devant l’ambassade d’Autriche durant l’automne ou les cortèges de voiture dans les rues de Hambourg. Le 30 octobre, ses membres s’étaient réunis devant la porte de Brandebourg à Berlin, à quelques mètres de l’ambassade française. L’association voulait dénoncer les propos d’Emmanuel Macron qui avait déclaré, lors d’un discours sur le séparatisme islamiste après l’assassinat de Samuel Paty, que l’islam était «en crise». Le mode d’action était le même : des hommes en pulls noirs occupent l’espace en rangs, équipés de pancartes de drapeaux, où le logo est bien mis en avant.
L’office pour la protection de la Constitution considère que Muslim Interaktiv, tout comme Hizb ut-Tahrir, sont des organisations extrémistes qui se servent des sujets d’actualité largement débattus pour recruter des partisans. «C’est également de cette manière que la dernière manifestation doit être vue : le sujet émotionnellement chargé de la Palestine est instrumentalisé à ses propres fins idéologiques», indique un porte-parole de l’office hambourgeois au Hamburger Morgenpost.
«Une marche de la haine»
L’action menée en plein centre-ville et la diffusion sur les réseaux sociaux de ces slogans attaquant Israël ont suscité l’indignation à Hambourg. «Nous considérons que l’action relève du droit pénal», a déclaré le président de la communauté juive de Hambourg ajoutant : «Dans les prochains jours, nous devrons examiner avec les autorités comment on a pu en arriver à ces gestes publics menaçants».
Côté politique, le chef de l’opposition conservatrice, Christoph Ploss (CDU) s’est dit «stupéfait et consterné par cette marche islamiste et profondément antisémite et anti-israélienne dans les rues de Hambourg». Un avis partagé par Ali Ertan Toprak, élu CDU qui a dénoncé «une marche de la haine» et une «démonstration martiale de puissance à laquelle nos politiques n’ont tout simplement pas de réponse et ils exploitent ce vide d’impuissance». «Nous ne devons plus laisser les rues à ces antisémites islamistes !» a-t-il déclaré.
Gouvernée par une coalition sociale-démocrate et écologique, la ville-région de Hambourg a réagi à cette manifestation par la voix de son sénateur en charge des affaires intérieures, Andy Grote (SPD), qui juge qu’«un tel rassemblement est intolérable» et assure partager «le dégoût que beaucoup ressentent au vu des images». Pour autant, la manifestation n’a pas été interdite, car «le fait d’être insupportable n’est pas n’est pas une raison pour interdire une réunion selon la Constitution». Andy Grote veut rassurer : «Nous gardons les acteurs en ligne de mire et ne relâcherons jamais la lutte contre l’antisémitisme !»




