Samedi matin
Bois de chauffe
L'empereur, sa femme et le petit prince sont venus chez moi pour me serrer la pince, comme j'étais parti à la campagne, le petit prince a dit, ben-dis-donc-çui-là, depuis qu'il est à la retraite, il ne lève pas une paille. Oui, ben non, des pailles, j'en lève et bien plus d'une, Mick me livre cinq stères de bois de chauffe qu'il faudra recouper et empiler dans les caves. Comme dit le proverbe cheyenne : «Homme blanc rentrer bois, hiver sera rude.»
Depuis deux mois, ici, on n'a plus la télévision, un orage de juillet a grillé les antennes, j'attends le dépanneur et ce n'est pas rien faire que d'attendre. Pas de journaux non plus : le Café des Sports a décidé de se consacrer entièrement aux musiques à plein tube et aux jeux de hasard, ne restent que les rayons vides et la Nouvelle République du Centre, qu'on appelle ici «la nounou». Alors, de quoi va-t-on parler ? On va jusqu'au chef-lieu de canton, Le Monde est de la veille. Page 3, Eric Woerth se défend : «Je connais infiniment plus de gens modestes que de gens riches», moi aussi, un type dans mon genre, ce Woerth. Mais il se vante : l'adverbe, «infiniment» manque de modestie. Si l'on veut bien considérer qu'il y a infiniment plus de pauvres que de riches, l'exploit prend une dimension plus humaine. Une quarantaine de caravanes vient de s'installer près du camping, dans le champ d'à côté, oui, parce




