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Libération

Trou de mémoire

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Publié le 09/10/2010 à 0h00

C’est un trou béant. Le petit personnage au milieu de l’image donne son échelle : immense. Que s’est-il passé ? Ce trou a-t-il surgi de l’intérieur de la terre comme une éruption, ou est-il la trace d’impact de quelque météorite tombée du ciel ? Cette trace est hélas plus humaine, trop humaine, le résultat de l’attentat à la camionnette piégée ayant coûté la vie à Rafic Hariri, Premier ministre du Liban, le 14 février 2005, en plein centre de Beyrouth.

Décidément la majorité des traces que laisseront les hommes quand toute humanité sera éteinte, seront des traces de désolation, de massacre et de mort.

Dans cet esprit, on songe, par ricochet, au travail de la photographe Sophie Ristelhueber, qui s’attache aux désordres provoqués sur terre par les catastrophes, qu’elles soient humaines (guerre) ou naturelles (tremblement de terre). Mais aussi les obstacles artificiels de toutes sortes (chevaux de frise, murs de béton, chicanes de pierre), tout ce qui nous empêche de passer, tout ce qui tente de nous séparer.

Cette photographie produit à peu près le même effet. On se demande combien de kilos d’explosifs il a fallu pour obtenir ce résultat ? S’il n’y a pas une épouvantable disproportion entre les moyens et le but, la mort d’un seul homme. Et le bruit de l’explosion, sa puissance, tout ce qui, à l’entour, a été pulvérisé par son souffle de dragon.

La photographie ayant été prise huit mois après l’attentat, ce trou est une bouche morte qui continue à hurler en silence. Comme une sorte

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