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Libération

De l’agora à l’agonie

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Publié le 08/10/2011 à 0h00

N’était la graphie des caractères inscrits sur une banderole à l’arrière-plan, il serait difficile de détecter la nationalité de ce jeune homme, tant son allure est celle de n’importe quel jeune citoyen de notre monde en habit de colère. Il pourrait être un New-Yorkais pestant contre Wall Street, un Indigné madrilène s’angoissant de son avenir ou, pourquoi pas, un Egyptien ou un Tunisien s’inquiétant de la tournure que prend là-bas la liberté retrouvée. Mais non, il est grec, étudiant athénien protestant la semaine dernière contre la réforme de l’université visant à augmenter le coût des frais d’inscription.

Que peut-il bien hurler dans son mégaphone ? Que les banquiers et les instances européennes mettant son pays à la peine aillent se faire voir chez ses compatriotes ? Que la projection du film l'Attaque de la moussaka géante va débuter dans cinq minutes ? Que la personne qui a égaré son kit cocktail Molotov mains libres vienne le réclamer à l'accueil ? Qu'il reste des places sur l'agora pour un dialogue sur l'avenir de la cité ? Car, enfin, au pays natal de la philosophie occidentale, on peut imaginer que ce jeune homme est un descendant d'autres jeunes hommes qui, circa vingt-et-un siècles avant la naissance de Steve Jobs, faisaient Facebook autour de Socrate pour un banquet des idées. Entre le bel Alcibiade et cet embobineur de Protagoras, voilà l'image idéale d'un nouvel Hippocrate qui, tel son lointain aïeul, voudrait faire autrement de la politique.

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