Menu
Libération

La belle au vieux bandant

Réservé aux abonnés

Publié le 26/11/2011 à 0h00

Imaginez que vous êtes une ravissante jeune femme et qu’on vous propose un étrange contrat bien rémunéré consistant à prendre des somnifères afin que vous dormiez toute la nuit. Pendant ce temps, des vieux moches, déprimés et impuissants vous transforment en objet de leurs désirs les plus inavouables sans qu’il leur soit permis de vous pénétrer ou de laisser sur vous la moindre trace visible à votre réveil. La justification de cet accord n’est pas l’assouvissement d’un quelconque désir pervers, mais la confidentialité. Grâce à cette mise en scène, les vieux ne risquent aucun chantage de votre part. Vous devenez ainsi l’actrice principale d’une histoire des plus excitantes tout en en étant entièrement absente. Mais ce que ces hommes vivent avec vous a un statut tout aussi étrange que le dédoublement dont vous êtes l’objet. Car ces heures passées à vos côtés sans témoin ni trace matérielle, existent-elles vraiment ? Ou, plutôt, les choses qu’ils ont faites sur vous appartiennent-elles à la réalité, cet ensemble de conventions que nous partageons avec les autres, ou aux rêves, ces délires qui nous sont exclusivement personnels ?

Voici l'étrange protocole mis en place par la romancière et réalisatrice australienne Julia Leigh dans son film Sleeping Beauty. Certes, dira-t-on, le fait de filmer ces moments étranges n'est-il pas une manière pour la cinéaste de se porter garante de leur réalité aussi bien pour le vieux que pour la dormeuse ? Mais Julia Leigh est trop subtile

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique