Le «printemps arabe» y était né et c’est encore en Tunisie que se joue son devenir. Comme la fuite de Ben Ali y avait préfiguré, il y a un an, la chute de Moubarak, la victoire électorale des islamistes d’Ennahda y avait annoncé celle des Frères musulmans en Egypte. Au Caire comme à Tunis, cette captation démocratique de révolutions modernistes par des barbus, dont les racines sont tout sauf démocratiques, avait semblé donner raison aux plus pessimistes.
«On vous l'avait bien dit», disaient-ils en prédisant que de jeunes théocraties tout en muscles allaient succéder à des dictatures vieillissantes, mais ce n'est pas ce qui se passe en Tunisie où les islamistes sont, bien au contraire, en mauvaise posture.
Maintenant qu’ils gouvernent, maintenant que les élections du 23 octobre en ont fait la principale force de la coalition parlementaire qu’ils ont formée avec deux des partis laïcs, les islamistes doivent justifier la confiance que près d’une moitié des Tunisiens leur avaient accordée et la tâche n’est pas aisée. Elle l’est si peu qu’aucun autre parti n’aurait sans doute pu faire vraiment mieux qu’eux tant les difficultés sont grandes mais le fait est qu’ils détiennent les principaux ministères et dirigent le gouvernement, qu’ils sont le pouvoir et que ce pouvoir ne parvient pas à sortir le pays de l’ornière dans laquelle il s’enfonce.
Non seulement l’économie est en chute libre, chômage en hausse et pouvoir d’achat en baisse, caisses vides et tourisme en berne, mais l




