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Témoin de rien

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Publié le 24/03/2012 à 0h00

On dit d’une œuvre - ou d’une vie - qu’elle est ratée quand les belles ambitions qu’elle s’était fixées n’ont pas abouti. Cela la différencie des œuvres nulles dont le résultat est aussi pauvre que les intentions initiales de leur auteur. C’est pourquoi le ratage, au lieu d’être décrié, mériterait d’être salué par la qualité et l’importance des problèmes qu’il fait émerger, même si leur résolution est bancale. Peut-être dans une culture moins paternaliste que la nôtre apprécierait-on davantage le raté que le réussi, car on tiendrait ceux qui savent aussi bien soulever des beaux problèmes que les résoudre avec génie pour des prétentieux et des dominateurs. Pour des gens qui, au lieu d’inviter les autres à réfléchir, chercheraient à imposer leur pensée, à être admirés et obéis.

Dans un tel monde, on aimerait énormément le film 38 Témoins de Lucas Belvaux, dont l'ambition est de réexaminer une vieille question que les moralistes ont rendue pauvre et ennuyeuse : pourquoi les êtres humains sont si souvent indifférents aux souffrances les plus terribles de leurs semblables ? Pour ce faire, Belvaux met en scène une intrigue très astucieuse. Une jeune fille est sauvagement assassinée au milieu de la nuit, au Havre, dans une rue pleine d'immeubles habités. Quand la police arrive, aucun des témoins potentiels n'admet être au courant de quoi que ce soit. Mais l'un d'entre eux finit par avouer qu'il a entendu les cris de la victime et qu'il est allé voir la scène par la fenêtre.

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