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Notre identité, ce sont les autres

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ParFrédéric Worms
professeur de philosophie à l’Ecole nationale supérieure.
Publié le 05/09/2014 à 17h26

Une idée fait son chemin en philosophie, non sans avoir des conséquences politiques, c’est celle d’une identité relationnelle. Pourquoi est-elle si importante aujourd’hui à maintenir, comme un fil rouge dans le labyrinthe ?

C’est pour une raison simple. C’est parce qu’elle permet de penser l’identité sans tomber dans les dérives de l’identité, qui sont au cœur des débats et des violences d’aujourd’hui.

Parler d'identité relationnelle, c'est refuser l'idée d'une identité essentialisée, source de quêtes infinies, aussi bien naturalistes que nationalistes, et souvent les deux à la fois. On ne dira jamais assez les dégâts d'un débat sur «l'identité nationale», c'est-à-dire au fond sur la quête d'une essence de cette identité, indépendamment de toute relation et de toute histoire, donc aussi par négation des autres, inévitablement ennemis. Or, l'identité nationale, comme toutes les autres, est relationnelle, c'est-à-dire constituée de manière interne par la relation aux autres (aussi bien amicale qu'inamicale), tout en restant une identité, celle d'un «soi» différent du «soi» des autres. Parler de relation, c'est parler de termes distincts ; parler d'identité relationnelle, ce n'est pas dissoudre l'identité.

C’est donc affirmer la positivité des relations, qui créent des identités individuelles et collectives. Mais ce n’est pas tomber dans un angélisme béat. Bien au contraire. Car on est confronté alors à la violence des relations, avec leurs conséquences.

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