Ce sera fin octobre fin de partie pour le chroniqueur, qui revisitera d’ici là sa perception d’un quart de siècle de révolutions culturelles à Libération, et les raisons bonnes et mauvaises qui firent et défirent No Smoking.
Je ne dis pas que c'était «bien» ou «mal», mais je le dis : Libération, dans ses jeunes années, jamais ne se préoccupa d'une quelconque «objectivité» à laquelle nul ne croyait, quand bien même il serait bientôt de bon ton de faire semblant d'y adhérer, pour complaire à un idéal lecteur. Tout au contraire, ce journal, qui n'avait alors pas plus de «confrères» qu'il ne publiait de sondages, brandissait haut et fort une subjectivité revendiquée dans les choix des champs qu'il visitait ; le matériau qu'il en rapportait valait à lui seul éditorialisation, abondamment nourrie par la puissance de la titraille, l'insolence du «petit mot» la chapeautant, voire, s'il en était encore besoin, la réactivité de vif-argent des «NDLC» (note de la claviste). Le paratexte alors n'était pas là pour faire joli, ou prudemment spirituel ; il était tout à la fois, de cette fanfare, le tambour et la trompette. Quant aux «gros mots», ils faisaient grand sens, qui s'autorisaient dans le corps des papiers où l'on qualifiait un salaud de salaud, comme dans les Petites annonces on appelait une chatte une chatte (cet espace, sous-traité, est désormais policé comme par les robocops de chez Gogol).
Même si j'incline à le penser, je ne dis pas que Libération était mieux ainsi. Je dis que Libération était, id est : il n'était pas un journal comme les autres, il n'était pas suiviste d'une opinion médiatique épouseuse d'une opinion non pas «publique», mais dominante.




