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Libération

Ebola et désossement public

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ParFrédéric Worms
professeur de philosophie à l’Ecole normale supérieure.
Publié le 31/10/2014 à 18h36

Comme tous les événements du moment ou presque, en plus de sa gravité propre, l’épidémie du virus dit «Ebola» a quelque chose d’une répétition qui nous reconduit au centre même de ce moment. Nous y revivons d’abord les effets d’une épidémie redoutable, avec ses morts de masse et ses tragédies individuelles, fragilisant les relations intimes tout en menaçant de se répandre de façon globale. Mais nous y revoyons aussi la réponse apportée, qui est incarnée avant tout, aujourd’hui encore, par les organisations humanitaires. Les ONG. Médecins sans frontières. L’humanitaire. Cela même qui avait été au cœur du tournant des années 80, véritable passage du Nord-Ouest politique entre deux époques. Poignée de mains entre Sartre et Aron à l’Elysée (accompagnés par Glucksmann et Kouchner), sous le signe des boat people vietnamiens. Faut-il alors revivre le débat qui accompagne ces événements depuis plus de trente ans ? D’un côté, l’héroïsme moral, et politique, de ces médecins «sans frontières», si frappant encore aujourd’hui où tant d’entre eux sont atteints par le mal qu’ils soignent. De l’autre, les défaillances de la politique, non seulement locale mais internationale et globale. N’est-on pas pris plus que jamais dans cette tenaille ? N’y trouvera-t-on pas des indices pour aller plus loin, non seulement dans ce cas mais partout ?

Loin de disparaître, la tension dont il s'agit s'est encore aggravée, et c'est d'abord à ce titre qu'Ebola incarne, comme chaque crise grave, tous les enj

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